LES FORÊTS MARINES BRETONNES SURVEILLÉES PAR LES CHERCHEURS
définitivement stoppée aux Glénan. Une bonne nouvelle pour ces algues calcaires rouges, qui s'accumulent sur quelques centimètres ou plusieurs mètres d'épaisseur au large des côtes bretonnes, et forment d'immenses bancs. Quel aura été l'impact de cette exploitation ? C'est ce que veulent savoir Olivier Gauthier et Jacques Graal, biologistes à l'IUEM, à partir de données recueillies en 2003 autour de l'archipel des Glénan. « Autour du point d'extraction, on observe sur trois kilomètres une zone influencée par ces perturbations, explique Olivier Gauthier, qui a présenté ces recherches lors du colloque Isobay, à Brest, du 3 au 6 mai dernier. La faune y est très hétérogène mais moins dense et moins riche. On retrouve des prédateurs, des espèces opportunistes, car les proies sont moins nombreuses, mais plus faciles. »
Changements d'échelle
Pour comprendre cette variation de la faune dans l'espace, le biologiste s'appuie sur une nouvelle méthode d'analyse de données spatiales. « Je peux mesurer ces variations sur quelques dizaines de mètres comme à grande échelle, sur plusieurs kilomètres. Et dégager l'effet de plusieurs paramètres, comme l'accumulation de sable sur les bancs provoquée par les bateaux, ou la distance au point d'extraction qui explique à elle seule 10% des variations. »
Depuis l'Antiquité, le maërl est utilisé comme source de calcaire, pour fertiliser les sols. Et depuis les années 50, il enrichit la nourriture du bétail et entre dans la composition de produits pharmaceutiques ou cosmétiques. Les bancs bretons, parmi les plus importants d'Europe, sont une source majeure. Pourtant ils sont un véritable nid à biodiversité ! Lorsqu'elles s'accumulent, les algues les plus enfouies échafaudent un dédale de microhabitats, dans lesquels les coquilles Saint-Jacques, les pétoncles ou encore les jeunes poissons peuvent se cacher de leurs prédateurs. Selon les études menées par le réseau scientifique Rebent, les bancs de maërl bretons abritent ainsi plus de 900 espèces d'invertébrés, et 150 espèces d'algues.
Retour à l'origine ?
Une telle étude de l'impact direct d'une activité industrielle n'est pas courante. Malheureusement, très peu de données ont été enregistrées avant la phase d'exploitation. Par contre, « il serait intéressant de continuer l'observation après l'arrêt de l'exploitation, pour voir si un retour à l'état d'origine est possible, ou si le milieu évolue différemment. »
Olivier Gauthier et son collègue devraient publier leurs résultats d'ici à la fin de l'année. Ils seront sûrement attendus de pied ferme par ceux qui veulent protéger ces algues.
LES TRÉSORS DES CAVERNES
Ils vivaient là dans la vallée de l'Erve ! Nos ancêtres ont laissé leurs traces dans l'est du Massif armoricain.
Vue extérieure de la grotte de la Chèvre.
d'un programme de recherches(1), les découvertes archéologiques sont ici en plein boom. « La grotte de la Chèvre, avec une quinzaine de mètres de profondeur, orientée sud-est, était un habitat préhistorique idéal », résume Stéphan Hinguant, préhistorien et responsable des fouilles (UMR 6566 Université de Rennes 1 - CNRS - Inrap).
Il y a peu, on ne donnait pourtant pas cher de la valeur archéologique de cette grotte, vidée par l'abbé Maillard en 1875. « Il avait retrouvé deux défenses complètes de mammouth, dont l'une gravée de chevrons et croisillons ! » Des découvertes inouïes... mais ces objets sont perdus ou éparpillés dans les musées. À quoi bon chercher encore, et où ? Dans l'éboulis, en face de la grotte ! Là où l'abbé rejetait ce qui ne l'intéressait pas, selon les critères de l'époque. Après les premiers sondages en 1999, les recherches sont approfondies en 2007, sur une surface de 300m2. Les archéologues mettent de l'ordre dans ce fatras... et les indices émergent.
Rhinocéros laineux, renard polaire
Pour chaque époque, les os apportent une foule d'informations. « Ils ont souvent été fragmentés à l'état frais, pour récupérer la moelle, un aliment extraordinaire. Les os sont aussi utilisés pour l'outillage ou servent de combustible. » Suivant le climat, les hommes d'ici ont connu le cheval, le renne, mais aussi le mammouth, également attesté par des fragments de molaires, le rhinocéros laineux, l'ours brun, le loup et le renard polaire. Cette faune froide est complétée par des espèces de milieu tempéré (sanglier, chevreuil, chat sauvage, lièvre), vivant dans la vallée, cette zone refuge où il faisait plus doux.
Le néolithique (vers 4000 ans) se devine à travers une pointe de flèche ou un fragment de hache polie. Les cultures du paléolithique supérieur (40000 à 10000 ans) sont présentes, notamment par des feuilles de laurier, cette pierre taillée caractéristique du solutréen (20000 ans). L'homme de Neandertal (150000 ans) a, lui aussi, laissé son outillage et des restes osseux consommés (mammouth, cerf, aurochs).
Deux molaires humaines
Mais l'histoire de la grotte remonte beaucoup plus loin... à plus de 500000 ans, comme l'atteste un morceau de canine de tigre à dents de sabre, trouvé en 2002 ! La grotte était-elle alors un simple repaire de carnivores ? « Sauf qu'en 2008, deux molaires humaines ont été découvertes, ajoute Stéphan Hinguant, l'œil brillant. Leur robustesse, la couleur et l'aspect général évoquent des restes humains très anciens. Pouvons-nous les attribuer à un anté-Néandertalien ? Deux paléoanthropologues y travaillent. » Elles sont notamment comparées avec une mandibule de l'homme de Tautavel (450000 ans). « Mais il y a des guillemets. Il s'agit pour l'instant de vestiges, issus de déblais de fouilles du 19e siècle, pas de données retrouvées in situ. »
Un bouquetin gravé
Voisine de la grotte de la Chèvre, la grotte Rochefort (salle de 120m2 au bout d'un couloir de 40m) se révèle aussi riche en vestiges, notamment du solutréen (20000 ans). « Tout est prélevé depuis 2002. Beaucoup de choses sont inédites, par exemple la taille sur du grès, avec la même qualité que du silex. » Des fragments d'os (bouquetin, renne, cheval, mammouth) et des restes de poisson ont été trouvés, mais aussi des végétaux carbonisés (genévrier, pin, bouleau), utiles pour la datation. Des petits rongeurs ont aussi été extraits des sédiments argileux : « Un collègue micropaléontologue étudie leurs dents pour déterminer les espèces et en déduire le climat associé. » Déjà identifié, le lemming à collier... qui vit aujourd'hui dans le Grand Nord.
L'empreinte artistique
Mais l'homme a aussi laissé son empreinte artistique : des galets de cristal de roche, dont l'un rainuré, appartenaient peut-être à un pendentif ; des canines de renard et des coquillages perforés. Et surtout, 300 fragments de plaquettes gravées, dont il faut refaire les puzzles ! L'une d'elles représente un bouquetin. « Cet animal de montagne est exceptionnel au nord de la Loire. Au plus fort du froid, il a dû descendre dans la plaine, il y a 19500 ans. »
Enregistrements en 3D, prélèvements de sédiments et analyses des sols à l'appui, les chercheurs font le plan de répartition des vestiges : où était le feu ? Où étaient posées les lampes à graisse ? Dans les deux grottes, des extensions des zones de fouilles sont envisagées en 2011. À la grotte de la Chèvre, il faudra étudier le replat devant le porche d'entrée, puis la cavité elle-même. Un rapport de synthèse est prévu en 2010, mais l'histoire commence à peine.
LA BIEVRE
La Bièvre est une rivière qui prend sa source dans le quartier de Bouviers à Guyancourt et se jette dans le collecteur principal des égouts de Paris.
La Bièvre se jetait autrefois dans la Seine à Paris (au niveau de la gare d'Austerlitz) après un parcours de 33 km dans les départements des Yvelines, de l'Essonne, des Hauts-de-Seine, du Val-de-Marne et de Paris.
Depuis 1912, la Bièvre, qui était jusqu'alors la deuxième rivière parisienne et courait à travers les 13e et 5e arrondissements, est recouverte sur toute la longueur de son parcours urbain.
Elle tire peut-être son nom du latin biber, bièvre, qui est l'ancien nom du castor (cf. beaver en anglais). Il n'est pas certain que des castors y aient élu domicile, mais plus prosaïquement, beber signifie aussi : de couleur brune, comme ses eaux; enfin bibere en latin, signifie boire (recherche en cours sur des écrits de l'époque Gallo-Romaine). En 1787, la dénomination de cette rivière était « ruisseau des Gobelins », comme c'est indiqué sur la carte du Plan d'Intendance de Guyancourt. Toujours est-il que les armoiries du 13e arrondissement sont vaillamment portées par deux castors.
Depuis plusieurs années, un projet de renaissance de la Bièvre est porté par de nombreux acteurs, associatifs, intercommunaux ainsi que par le conseil régional d'Île-de-France qui a créé le syndicat mixte « Bièvre, rivière d'Île-de-France ».
MONTS d'ARREE
Géographie:Altitude 385 m, Roc'h Ruz Massif Massif armoricain
Région Bretagne,Département Finistère
Géologie:Âge Paléozoïque, Roches Roches sédimentaires etmétamorphiques
Les monts d'Arrée sont un massif montagneux ancien de la Bretagne occidentale faisant partie du massif armoricain. Composés de rochessédimentaires et métamorphiques datant du Paléozoïque, ils marquaient la limite des évêchés de Cornouaille et de Léon. Leur paysage est très proche de ceux de l'Irlande et du Pays de Galles, avec ses rocs qui émergent de la végétation constituée principalement de landes, qui est typique de l'Argoat.
C'est le cœur même de la « Bretagne bretonnante » ou Basse-Bretagne (Breiz-Izel en breton) avec ses traditions, ses légendes, son écosystème préservé. Les monts d'Arrée font partie du parc naturel régional d'Armorique créé en 1969. Les monts d'Arrée sont situés dans le département duFinistère, principalement sur les communes de Berrien, Botmeur, Brennilis, Commana, Huelgoat, La Feuillée, Le Cloître-Saint-Thégonnec,Loqueffret, Plounéour-Ménez, Saint-Rivoal et Sizun. La communauté de communes des Monts d'Arrée regroupe quant à elle les communes de Berrien et Huelgoat, ainsi que Bolazec, Locmaria-Berrien et Scrignac.
Toponymie
Le mot Arrée (ou Arrhée, Arez) proviendrait d'un vieux mot celte, anne ou enne, signifiant « montagne » qui serait aussi à l'origine par exemple du mot Pyrénées (pyr le « feu » et enne « montagne »), mais cela reste une hypothèse.
Géographie

Vue panoramique depuis le Roc'h Trévezel
« J'aimerais vous montrer les monts chauves de l'Arrée, les sentiers blancs qui conduisent à des manoirs poignardés, les chemins qui s'enroulent autour des hameaux bleus. C'est un pays de brumes et de vents en bataille, avec des toponymes aussi fluides que des ondées, aussi sonores que des gongs » — Xavier Grall, Les vents m'ont dit
Entité aux contours mal définis, les monts d'Arrée s'étendent sur environ 192 000 hectares ; ils résultent, comme l'ensemble du massif armoricain, du plissement hercynien et s'alignent selon un axe ouest-sud-ouest est-nord-est allant de la presqu'île de Crozon (Ménez-Hom) jusqu'à la limite orientale du Finistère, voire pour certains jusqu'aux environs de Belle-Isle-en-Terre dans les Côtes d'Armor.


Panneau indicateur Michelin indiquant,
à vingt mètres près pour l'époque,
la hauteur du Roc'h Trevezel.
Les sommets des monts d'Arrée présentent, malgré leur faible altitude, un véritable décor de montagne5. L'escarpement rocheux de quartzites très durs, d'âge dévonien, affleurant en bancs très redressés (le pendage est d'environ 60 degrés) du Roc'h Trevezel, haut de seulement 384 mètres d'altitude, et ses voisins le Roc'h ar Feunteun (371 mètres), le Roc'h Ruz6 (considéré désormais comme le point culminant de la Bretagne depuis les derniers relevés effectués par GPS6) et Roc'h Trédudon (368 mètres) font saillie sur la crête, formant un saisissant relief, dominant d'une centaine de mètres le plateau granitique tabulaire du Léon, exposé à la vigoureuse influence des vents de noroît [nord-ouest], très verdoyant en raison du bocage et des prairies qui le recouvrent en raison de son altitude plus modeste, même s'il est en fait peu boisé du côté de Commana et de Plounéour-Ménez.
C'est une barrière puissante, mais aussi une ligne de partage des eaux extrêmement nette entre les cours d’eau coulant vers la Manche et ceux allant vers l’océan Atlantique. C’est aussi une limite humaine très nette, séparant le Léon de la Cornouaille. La lande atlantique occupe les croupes les plus hautes, tandis que les prés et les champs entourés de talus sans arbres, souvent des murets recouverts d'herbes, s’avancent jusqu’au contact des crêtes, par les vallées évasées.

La rudesse des sommets, couverts
d'une végétation rase et sèche.
La partie du plateau du Léon proche de l’alignement des Roc’h est une région déjà rude par l’altitude et la proximité de la montagne. La toponymie reflète les rigueurs du lieu : l’un des hameaux porte le nom d’« Enfer » (commune de Le Cloître-Saint-Thégonnec), un autre s’appelle Pen ar Prajou (« fin des prés ») (commune de Plounéour-Ménez), montrant que par ces têtes de vallées évasées (Penzé, Queffeulth, …), entre les premières crêtes vêtues de landes de l’Arrée, finissent les espaces agricoles du Haut-Léon (Plouigneau, Saint-Thégonnec, Landivisiau), réputés dans un passé lointain pour leurs élevages de chevaux.
Vers le sud-sud-ouest, en forme de croissant élevé, une ligne de hauteurs massives, aux sommets arrondis : le signal de Toussaines (Menez Kador ouTuchenn Kador), longtemps considéré comme le point culminant de la Bretagne (384 m) ; plus au sud, isolé, en forme de ballon, le mont Saint-Michel de Brasparts, d’altitude à peu près égale à celle de Toussaines, mais beaucoup plus puissant en apparence, par son isolement. Ces sommets arrondis constitués de grès siluriens très résistants, appelés grès armoricains. L’usure uniforme des grès a donné à ces massifs centraux de l’Arrée des formes arrondies, en coupoles, assez semblables aux dômes des noyaux granitiques. Nettement plus à l'ouest, à l'entrée de la presqu'île de Crozon, le sommet arrondi du Ménez-Hom forme le prolongement occidental de l’Arrée, mais fait partie géologiquement des montagnes Noires.
La maigre lande laisse voir, par endroits, de larges plaques grisâtres de sol gréseux sur le large faîte, où est bâtie la chapelle de Saint-Michel, témoignage de la vénération que les populations armoricaines ont toujours attachée aux hauts-lieux. De là, le panorama est immense : vers le nord, la ligne des Roc’h se prolonge très loin de part et d’autre du Roc Trévézel, vers l’est et vers l’ouest. L’Arrée est de ce côté parfaitement limitée, par le développement rectiligne de ces rochers sur des kilomètres de longueur. Vers le sud, nulle arête semblable : les hautes surfaces désolées de l’Arrée, entaillées par quelques têtes de vallées cultivées, dominent directement, sans interposition d’une ligne de reliefs plus élevés, une dépression bocagère qui est le bassin de Châteaulin.

Vue du réservoir de Saint-Michel
depuis le Roc'h Trevezel.
Vers l’est, dès le pied du mont Saint-Michel, on trouve les marais de Saint-Michel (en breton « Yeun Elez », les « marais de l’Ange »), une vaste dépression à peine creusée, surface plane plutôt que cuvette, fermée vers l’ouest par les monts de Toussaines et de Saint-Michel. Cette cuvette qui échappe à tout drainage est occupée par unetourbière de 1 500 hectares, en partie désormais ennoyée par le lac réservoir de Saint-Michel. Cette dépression taillée dans l’ellipse granitique9 de l’Arrée est un témoin d’une pénéplaine très ancienne, antérieure à celle qui forme les plateaux du Trégor et du Léon. L’activité érosive des eaux courantes ne l’a que peu entaillée, laissant presque intacte la vieille surface mal drainée et marécageuse du Yeun Elez.
L'impression de « montagne », malgré l'altitude très modeste, a été accentuée récemment par des modifications toponymiques voulues par les syndicats d'initiative locaux10 pour améliorer l'attractivité touristique : col de Trédudon, col de Trevezel.
Géomorphologie[modifier]
« Trois choses sont impossibles à Dieu : aplanir Brasparts, épierrer Berrien11 et arracher la fougère à Plouyé »
— Dicton de la région12
Une part du massif armoricain[modifier]
Vue des reliefs schisteux sur le Tuchenn Kador.
« Ces montagnes qui n’en sont plus se souviennent de l'avoir été. Jusque dans leur médiocrité présente, elles gardent un je ne sais quoi de fier et de merveilleux qui ne permet point de les ravaler au rang de simples collines. Vous êtes ici au balcon de l'Occident »
— Anatole Le Braz, La légende de la mort chez les Bretons armoricains13
Les monts d'Arrée forment, avec les collines de Normandie et les hauteurs de la Gâtine vendéenne l'une des trois régions les plus élevées du Massif armoricain, qui s'étend sur 65 000 km2 et dont les limites orientales dépassent largement celles de la Bretagne historique. C'est un massif ancien, soulevé auPaléozoïque (plissement hercynien) à plusieurs milliers de mètres d'altitude14, raboté par l'érosion (pénéplanation) pendant le Mésozoïque (pénéplaine post-hercynienne)15, et resoulevé partiellement au Cénozoïque15 lors du contre-coup des plissements pyrénéen et alpin, ce qui a entraîné une reprise de l'érosion qui a épargné les affleurements de roches dures (grès armoricain datant de l'Ordovicien, quartzites, schistes durs (parfois ardoisiers), etc.), creusant essentiellement les affleurements de roches tendres (schistes tendres, et même de granite dans la cuvette du Yeun Elez)16.
Des études scientifiques ont déterminé la topologie des monts d'Arrée lors des différentes périodes géologiques17 : lors du plissement hercynien de l'ère primaire, il y a environ 300 millions d’années, les monts d'Arrée culminaient entre 2 000 et 3 000 mètres, l'érosion de l'ère secondaire a ensuite rabaissé l'altitude pour atteindre 100 à 200 mètres de moyenne.
L’alignement principal de ces « menez » va du Ménez-Hom à l’ouest jusqu’au nord de l’Ille-et-Vilaine en passant par le Menez Bré (ou Mené Bré) et les monts du Mené dans les Côtes-d'Armor. Plus au sud, l’alignement des sommets des montagnes Noires jusqu’aux Landes de Lanvaux dans le Morbihan et le Sillon de Bretagne en Loire-Atlantique, bien que moins élevés, ont la même origine18.
Création du relief[modifier]

Schistes formant une des pointes du Roc'h Trévézel.
Géologiquement, les monts d'Arrée forment un vaste synclinorium complexe entre les plateaux granitiques du nord (Léon, Trégor) et du sud (Cornouaille) de la Bretagne dont les affleurements de roches dures ont davantage résisté à l'érosion que le granite, provoquant une inversion de relief, la région en position synclinale formant les points hauts du relief. L'infiltration de l'eau dans les diaclases fissurant le granite a entraîné sa désagrégation et la formation d'arènes granitiques qui, lorsqu'elle est emportée par l'eau courante, laisse en place les blocs arrondis de granite sain, d'où la formation de chaos granitiques comme ceux de la région du Huelgoat : vallée de la rivière d'Argent avec le chaos du Moulin, la grotte du Diable ou encore la célèbre « roche tremblante » qui pèse 100 tonnes16 ou de la vallée de Saint-Herbot et son chaos.

Chaos granitique du Huelgoat.
Cette histoire géologique explique l'horizontalité des lignes de crêtes : à quelques mètres près, tous les points hauts du relief, formés par les alignements de roches dures orientés principalement est-ouest, ont à peu près la même altitude, comprise entre 360 et 385 mètres. Ces points correspondent aux lambeaux subsistants de l'ex-pénéplaine post-hercynienne. C'est un relief appalachien typique dont le Massif Armoricain est un très bel exemple15.
Les affleurements géologiques de grès armoricain, de quartzites, de granite ont longtemps contribué à la pauvreté de la région, les sols démunis de chaux et de phosphore ne pouvant nourrir qu'une maigre lande.
Toponymie des reliefs[modifier]
L'expression « monts d'Arrée », qui s'écrivait par le passé monts d'Arhès, signifierait en vieux celtique « monts de la séparation » en raison de l'aspect de barrière que présente cette ligne de hauteurs19.
Dans la montagne d’Arrée, les quartzites dévoniens et les grès durs du silurien, débités en dalles massives, font surgir au-dessus des plateaux granitiques des sommets découpées en dents de scie. Ces arêtes aux profils étranges sont nommés de deux manières : lesroc’h (« rocs »), tels les Roc'h Trevezel, Roc'h Trédudon et Roc'h Ruz, tout en dentelures, et les créac’h (Créac'h Ménory en le Cloître-Saint-Thégonnec), beaucoup plus dégradés12. Ils contribuent à donner aux collines qu’ils dominent une véritable allure montagnarde.
Ces sommets arrondis, en coupole, portent le nom de menez (« mont ») dans le cas de monts arrondis, tels le mont Saint-Michel de Brasparts ou le Menez Kador, ou le nom de roz définissant les collines aux pentes douces (Roz-Du en Botmeur)12.
Les ravins sont des Traon (vallon exploité par l'homme, servant souvent de chemin naturel d'accès à la montagne depuis le piémont), d'où des toponymes comme Le Traon en Botmeur ou Kerandraonen Plounéour-Ménez, ou des Toul (vallon non cultivé, resté inhabité) comme à Toul an Groas le « fond de la croix ») entre Le Cloître-Saint-Thégonnec et l'abbaye du Relecq12.
Hydrographie[modifier]

Lavoir entouré de pavement en schistes ardoisiers
C'est le château d’eau naturel du Finistère, berceau de nombreux fleuves côtiers : l’Aulne, l’Elorn, la Penzé, le Queffleut (ou Queffleuth), le Douron, l'Ellez (en breton Elez, affluent de l'Aulne), etc. y prennent leur source. L'observation d'une carte de l'ensemble de la Bretagne montre que la ligne de partage des eaux entre les fleuves côtiers descendants vers le sud, donc tributaires de l'Atlantique, au cours plus long, et ceux qui, coulant vers le Nord, rejoignent la Manche, beaucoup plus courts, est nettement décalée vers le nord : c'est une conséquence du fait que la Bretagne dans son ensemble est un horst inégalement resoulevé lors du contre-coup du plissement alpin, la partie nord l'étant davantage que la partie sud (bloc basculé)20.
À la différence de la majeure partie du reste de la Bretagne, l'eau est ici non polluée, ce qui explique la présence à Commana21 et à La Feuillée22 d'usines d'embouteillage d'eau de source, le captage puisant l'eau au pied du versant nord du Roc'h Trevezel pour la première, et sur le réseau d'eau de La Feuilléepour la seconde.
Faune et flore[modifier]
Une végétation caractéristique : la lande[modifier]

Vue sur la lande au pied du Mont Saint-Michel-de-Brasparts.

Genêt à balais (Cytisus scoparius) sur les contreforts du Roc'h Trevezel.

Bruyère en fleurs.
Vers 6000 à 7000 avant notre ère, les analyses polliniques indiquent que la majeure partie de l'Arrée était couverte d'une forêt tempérée humide de type océanique composée principalement de chênes, d'ormes, de frênes et de noisetiers. La lande n'occupait à cette époque que les crêtes, battues par le vent et aux sols peu profonds23. Jusqu'au début de l'âge du bronze, l'homme n'a été que très peu présent dans la région et n'a pas modifié la végétationclimacique24. Durant l'âge du bonze, une activité humaine disséminée et pastorale avec un peu d'agriculture sur brûlis a amorcé un déboisement qui s'est étendu surtout pendant l'âge du fer ; la disparition de l'humus forestier en raison de l'érosion et du lessivage des sols pentus ont entraîné l'apparition d'un sol pauvre et l'extension des landes.
Au Moyen Âge, l'accroissement des défrichements, principalement par écobuage, et des besoins en bois ont achevé de faire disparaître la forêt originelle de l'Arrée et provoqué la création du paysage bocager actuel.
La végétation caractéristique des pentes constituées par les schistes dévoniens, exploités par endroits jusqu'à récemment en carrières d’ardoises (visibles encore sur le versant nord des Roc'hs, au pied même du Roc'h Trévézel ou encore à Saint-Cadou), avoisinant les arêtes de quartzite constituant les Roc'hs, est une lande d’une extrême pauvreté, composée exclusivement de bruyères et d’ajoncs ras (une dizaine de centimètres de hauteur), de carex, de gentianes. « Douar treaz, douar ed ; douar brulu ne-d-eo ket » (« Terre de sable, terre à blé ; mais terre à digitales ne l'est pas ») dit un proverbe breton19. Rien de comparable avec la lande des pays granitiques, souvent touffue et vigoureuse, riche en genêts et ajoncs drus développés en hauteur. L’altitude, le vent, l’acidité de sols explique la désolation de ces landes d’Arrée pourtant copieusement arrosées, la maigreur de la végétation rappelant celle de certaines montagnes et plateaux calcaires. La Bretagne intérieure est nommée l’Argoat (« la Forêt ») : si c’est justifié par endroits (Forêt de Brocéliande ou Forêt du Cranou par exemple), cela ne l’est pas dans les montagnes d’Arrée caractérisées par la quasi-absence d’arbres à l’exception de plantations récentes.
Malgré une altitude moyenne très modeste (385 mètres au maximum), l'étagement de la végétation est nettement perceptible, aucun arbre n'est présent dans les parties sommitales25 balayées par les vents : alors que, dans les espaces non convertis à l'agriculture, la forêt atlantique (le toponyme Huelgoat par exemple est formé de deux noms bretons : huel, « haut » et koat, « bois »), forêt par les chênes rouvres et les hêtres (hêtre se dit Faou en breton, toponyme que l'on retrouve dans des localités telles que Le Faou ou Châteauneuf-du-Faou, ainsi que dans de nombreux lieux-dits) est la végétation naturelle correspondant au climax de cette région, elle laisse ici la place à la lande26.
Milieu fragile, menacé principalement par les incendies (celui de l'été 1976 ravagea 5 000 ha de landes sur le Tuchen Kador et le Roc’h du Mougau, celui de juin 1996 brûla 900 ha entre le Yeun Elez et le mont Saint-Michel de Brasparts25, celui de mai 2010 blessa 2 pompiers et brûla 500 ha entre Botmeur et Commana), désormais protégé dans le cadre de la directive Natura 200025, c'est le plus vaste ensemble de landes atlantiques25 de France27 : il couvre plus de 10 000 hectares28. Le sol acide de ce massif joue un rôle prépondérant sur la flore29. La lande est l'un des paysages les plus typiques de Bretagne27. Composée d'arbrisseaux, elle se développe sur des sols acides et pauvres, où dominent les bruyères, le genêt (Cytisus scoparius) et les ajoncs.
Dans ce type de milieu, l'évolution de la flore est contrôlée : les arbres ne peuvent se développer soit à cause du vent pour les landes littorales, soit à cause de la fauche ou du pâturage extensif dans les landes intérieures. Ces dernières sont aujourd'hui les plus menacées et ne sont conservées que grâce à leur entretien27. La lande se compose principalement de bruyères (Erica ciliaris ou bruyère ciliée et Erica tetralix30), d'ajoncs et de genets ainsi que de droséras(plantes carnivores). Les tourbières sont nombreuses, celles des touls (dépressions humides) bien sûr, la principale étant celle du Yeun Elez, mais aussi de nombreuses tourbières de crêtes ; la tourbe fut longtemps utilisée par les habitants de la région comme moyen de chauffage. Elle résulte de la décomposition de la matière organique. En raison de la position atlantique des tourbières, elles possèdent une végétation spécifique31 Par exemple, l'ajonc de Le Gall32 qui domine dans les landes des monts d'Arrée n'est fréquent qu'à l'ouest. La spécificité de ce massif est particulièrement d'être le réservoir principal de lasphaigne de la Pylaie32, et d'abriter près de 70 % de la population française connue d’une très rare orchidée protégée inféodée aux tourbières acides : le malaxis des tourbières32 (orchidée rarissime, Orchidaceae), dite aussi orchis (quelques centaines de pieds). L'asphodèle d'Arrondeau, pante très rare et menacée, est également présente à Berrien.
L'origine de ces landes est pour partie naturelle et pour le reste d'origine anthropique33 en raison du pastoralisme (la lande servait à litière et à la nourriture des animaux) et de l'écobuage. En nette régression aux XIXe et première moitié du XXe siècles, la lande a perdu 90 % de sa superficie34, en raison de l'extension des surfaces agricoles liée au partage du foncier en lots individuels dans la seconde partie du XIXe siècle, à la révolution fourragère et à la politique de boisement (enrésinement) au XXe siècle (entre 1948 et 1992, 3 385 ha de résineux, dont principalement 2 213 ha d'épicéa de Sitka ont été plantés avec subvention publique dans les monts d'Arrée et seulement 111 ha de feuillus35 provoquant un recul d'environ 10 % des landes). Celles-ci sont aujourd’hui abandonnées par l’agriculture, la faux et la faucille passaient là où la mécanisation a buté, elles représentent des milieux semi-naturels témoignant autant des activités humaines anciennes que des conditions écologiques actuelles36. Suite à la modernisation de l’agriculture, on assiste depuis le xixe siècle à leur régression. Le parc naturel régional d'Armorique a créé plusieurs réserves naturelles37 pour préserver ce milieu fragile telles celles des landes du Cragou et celle du Venec à Brennilis dans le marais du Yeun Elez.
Une faune caractéristique[modifier]
La faune des monts d'Arrée comporte plusieurs espèces endémiques, rares ou protégées, comme le vison d'Europe, le castor européen (réintroduit autour duréservoir de Saint-Michel depuis 196838 et formant à présent une dizaine de groupes d'individus39), le courlis cendré, le faucon hobereau, le busard Saint-Martin, le busard cendré, l'hermine, le Circaète Jean-le-Blanc12 ou l'Escargot de Quimper.

Castor européen (Castor fiber)

Circaète Jean-le-Blanc(Circaetus gallicus)

Vison d'Europe (Mustela lutreola)

Escargot de Quimper (Elona quimperiana)
Démographie[modifier]
Le Pays du Centre-Ouest Bretagne (COB) ou Kreiz Breizh en breton, qui a succédé au Groupement d'action local du Centre Ouest Bretagne (GALCOB) créé dans les années 1990, à cheval sur les trois départements du Finistère, des Côtes d'Armor et du Morbihan, vise à fédérer, au-delà des découpages administratifs départementaux, les efforts en faveur du développement de ce « pays »40. Il compte 108 communes, dont 37 dans le Finistère, sur 3 143,28 km2 (1 140,05 km2 dans le Finistère) et compte 103 380 habitants (en 2006) dont 43 445 dans le Finistère, soit une faible densité de 32 habitants par km2. La population continue à baisser41 : ce même pays était peuplé de 133 017 habitants en 1968, de 109 232 en 199042. Le vieillissement de la population est important : en 2006, 30,6 % des femmes et 22,1 % des hommes de ce pays étaient âgés 65 ans et plus41. Son action la plus symbolique étant la lutte pour achever le désenclavement routier par la mise à quatre voies sur la totalité de son itinéraire de l'axe Châteaulin-Carhaix-Loudéac-Rennes (RN 164).
Dans le cœur des monts d'Arrée, la communauté de communes du Yeun Elez n'est peuplée, à la même date, que de 4 160 habitants (19 hab/km2) la communauté de communes des Monts d'Arréen'en a que 3 853 à la même date (50 hab/km2)43. L'émigration a, depuis le milieu du xixe siècle, longtemps été forte vers Paris et les autres grands centres urbains, vers l'étranger parfois (vers l'Amérique du Nord et parfois l'Argentine) même si le phénomène est plus connu dans les montagnes Noires voisines, particulièrement dans la région de Gourin44, surnommée « Gourin l'Américaine ». L'un des descendants d'émigrés bretons en Amérique les plus connus est Jack Kerouac dont un ancêtre, Urbain-François Le Bihan de Kervoach, fils de notaire royal, est né au Huelgoat.
Paradoxalement cette nécessité de l'émigration est facteur de progrès ; André Siegfried, dans son livre Tableau politique de la France de l'Ouest le constate : « Comme la terre de la montagne est pauvre, elle ne suffit absolument pas à nourrir ses habitants. [...] C'est ailleurs que les montagnards doivent trouver l'appoint de leur subsistance. Beaucoup se font marins, douaniers, petits fonctionnaires. Revenant assez fidèlement au pays, au moins comme visiteurs, ils y rapportent l'écho de préoccupations différentes, (...) des idées avancées ».
L'émigration temporaire est fréquente également. André Siegfried poursuit : « À Botmeur, à la Feuillée, vit toute une population de chiffonniers, de marchands d'oignons. Ces pillaouers, comme on les appelle, sont la moitié du temps loin de chez eux ». En effet, les pilhaouers de Botmeur, La Feuillée, Brennilis et Loqueffret45 illustrent un exemple d'émigration temporaire de travail analogue à celle des ramoneurs savoyards.
Nombreuses sont les communes qui continuent à voir leur population baisser : le canton d'Huelgoat est passé de 8 361 habitants en 1968 à 5 454 en 2006, soit une baisse de 2 907 habitants en 38 ans (-35 %) ; la commune du Huelgoat, pourtant chef-lieu de canton, est passée de 2 456 habitants en 1968 à 1 622 habitants en 2006, soit une baisse de 834 habitants en 38 ans (-34 %). Les soldes naturels restent largement négatifs ; un excédent migratoire est certes désormais constaté, mais dû le plus souvent à l'afflux de retraités, d'où des soldes naturels largement négatifs : entre 1999 et 2006, dans le canton du Huelgoat, le taux de natalité était de 8,4 pour mille et le taux de mortalité de 21 pour mille en raison du vieillissement de la population43. Quelques signes de redressement démographique existent toutefois : la Feuillée par exemple avait 781 habitants en 1968 et 555 en 1990, soit une baisse de presque 29 % en 22 ans ; mais sa population est remontée à 657 habitants en 2006, gagnant donc 102 habitants en 16 ans (+18 %). L'arrivée de Britanniques, souvent résidents secondaires, mais parfois installés de façon permanente46, a été facilitée par la ligne Brittany Ferries reliant Plymouth à Roscoff[réf. souhaitée]. Aujourd’hui, Huelgoat (2 100 habitants) compte environ 100 foyers britanniques en résidence permanente. « Les Anglais post-soixante-huitards, disposant de peu de moyens financiers et venus vivre dans nos campagnes il y a une dizaine d’années, sans chercher à fréquenter la population locale, ont fait place à une population totalement différente, composée principalement de jeunes préretraités et de couples plus jeunes (30-40 ans) avec des enfants47. »
Histoire[modifier]
De la préhistoire à la romanisation[modifier]

Allée couverte du Mougau-Bihan enCommana.
Les premières traces de peuplement des monts d'Arrée sont attestées par les nombreux mégalithes, érigés partir du Ve millénaire av. J.-C.12 : menhirs deBerrien, le Cloître-Saint-Thégonnec, Coatmocun en Huelgoat, Kerelcun en La Feuillée ou l'alignement dit de « la noce de pierre » à Brasparts ; allées couvertes de Commana et Brennilis48.
De nombreux tumulus datant de l'âge du bronze ont été découverts sur les flancs des monts d'Arrée, particulièrement à Berrien49. Les fouilles ont mis en avant une grande densité de sépultures par rapport au nombre d'habitations. Ces populations auraient été composées de bergers, de prêcheurs ou demineurs de surface12 (argent, plomb, cuivre), souvent pauvres (peu d'objets usuels découverts durant les fouilles)12. Des travaux d'analyse du pollen fossile présent dans les tourbières ont montré des traces de déforestation libérant de la place pour l'élevage et les cultures12.
À l'époque gauloise, les Osismes construisent un oppidum au Huelgoat, le « camp d'Arthus », dont les vestiges existent encore aujourd'hui. Il s’étale sur une trentaine d’hectares, la partie nord plus restreinte n’étant semble-t-il qu’un rétrécissement du camp originel. Le rempart contemporain de la guerre des Gaules est une levée de terre traversée par des poutres entrecroisées, reliées entre elles par des fiches en fer ; vers l’extérieur, cette levée est protégée par un parement en pierre où s’encastrent des poutres transversales. Ce rempart avait quatre mètres de hauteur par endroits. Les rares entrées du camp sont bien agencées : portes, tours, ponts en bois, dédoublement des lignes de défense, protégeaient ces points vulnérables. Ce camp était le principal oppidum des Osismes ; il a dû servir en 56 et 51 contre les troupes romaines50.
La conquête romaine développera la région de Carhaix, sans pour autant laisser de traces importantes dans les monts d'Arrée12. Une borne miliaire a été trouvée à Croaz-Pulviny en Berrien sur le tracé de la voie romaine allant de Vorgium (Carhaix) à Gesocribate (Brest probablement). Vorgium est conquise par Litorius en 431 et les Alains pillent la région en 441. La redécouverte récente d'un Osisme romanisé, nommé Veus51, c'est le plus ancien finistérien dont le nom est connu, dont le portrait gravé sur une plaque de schiste, avait été « oublié » dans les réserves du musée départemental bretonde Quimper depuis son dépôt par François Joncour dans les années 1930, qui a permis d'identifier un village de forgerons à Castel-Dû en Brasparts illustre, entre autres exemples, que la région a bien été romanisée.
Du Moyen Âge à la Révolution[modifier]
L'arrivée de Bretons, venus de l'île de Bretagne (Grande-Bretagne actuelle) et d'Irlande est illustrée dans la région de l'Arrée par la venue en 554 de Saint-Joua à Brasparts (où il meurt), le combat en 555 entre les armées de Comonor52 comte de Poher et Tudal, prince de Domnonée (appuyé par le roi des Francs, Childebert) au Relecq [en Plounéour-Ménez], au pied de l’Arrée l'abbaye du Relecq(en Plounéour-Ménez) aurait été fondée-là pour cette raison en 560 par un disciple de Pol Aurélien, même si l'histoire retient 1132 comme date de la fondation de l'abbaye de l'ordre cistercien. Auviiie siècle, saint Herbot, venu de l'île de Bretagne, s'installe dans la région de Berrien, guérissant les malades et les animaux : les paysans continuaient encore récemment à lui offrir des crins de queues de vaches dans la chapelle de Saint-Herbot située dans la commune de Plonévez-du-Faou53.
Les Normands pillent la région, Carhaix en particulier, en 878. les vestiges de Coatmocun en Berrien prouvent l'existence d'un village médiéval assez important au xe siècle sur ce site. Des mottes féodales sont visibles à Bolazec, Botsorhel, Brasparts, Collorec, Locmaria-Berrien (Valy), Loqueffret, Poullaouen, Scrignac (Kerbrat)54 ». Dans une région jusque-là peu peuplée, la « ploue de la montagne », Plebs montis en latin, ou Plouménez, probablement une des paroisses primitives de l'Armorique55 (le nom ancien de Plebs Montis ou Ploumenez ou Plouenez était du VIe au xive siècleune des plus vastes paroisses56, de Bretagne (son chef-lieu était implanté dans l'actuel hameau de Plouenez, situé dans la commune de Brennilis), le développement du système de la quévaise57, adaptation du domaine congéable au dur milieu des monts d'Arrée, contribue à la mise en valeur agricole et au peuplement de la région selon le Cartulaire de Landévennec : « des usements, comme celui de Quévaise, très répandus dans toute la zone de l’Arrée58 », facilité par les défrichements organisés par les moines de l'abbaye de Landévennec (Bénédictins), de l'abbaye de Daoulas(Augustins), de l'abbaye du Relecq (Cisterciens) en Plounéour-Ménez actuellement) et les Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem à La Feuillée au xiie siècle, ces derniers devant entre autres obligations accueillir les voyageurs et les pèlerins traversant la « montagne ». Les restes du village médiéval du Goenidou en Berrien, occupé du xiiie au xve siècles59, sont un bon témoignage des « habitats de défrichement » mis en place par des seigneurs laïcs ou ecclésiastiques dans les monts d’Arrée à cette époque.
En 1490, selon Jean Moreau60 un soulèvement paysan « prit sa source au terroir de Carhaix du côté d’Huelgoat, sous la conduite de trois frères paysans que l’on dit originaires de la paroisse dePlouyé61 », l'épisode est évoqué dans le Barzaz Breiz (voir la gwerz des jeunes hommes de Plouyé)62. Pendant la Guerre de la Ligue, les royaux s'emparent de Carhaix en 1590 après avoir battu les ligueurs à la bataille du Moulin-au-Duc près de Landeleau63 et Guy Eder de La Fontenelle, le « brigand de Cornouaille » ensanglante la région, menant ses expéditions à partir du château de Granec en Collorec64.
La révolte du papier timbré, dite aussi « révolte des Bonnets rouges »65 en 1675, révolte contre l'oppression fiscale et seigneuriale, souleva les campagnes aux alentours de Carhaix et de Quimper, une révolte violente menée par le notaire Sébastien Le Balpe de Kergloff. Le curé de Poullaouen fut roué de coups, des manoirs furent attaqués et incendiés à Plouyé, à Scrignac, etc.64 Elle fut réprimée avec vigueur. Alain Le Moign, laboureur à Trénével en Landudal, un des autres meneurs de la révolte, fut condamné par la Cour de Carhaix le 15 octobre 1676 « à être étendu sur une croix de Saint-André, son corps et ses membres rompus et brisés à coups de barres de fer, préalablement étranglé, son corps porté à Briec, pour y demeurer jusqu’à parfaite consumation, avec défense à toutes personnes de l’en ôter ». Mais la région est dévastée : au début du xviie siècle, le receveur de la seigneurie du Rusquec située en Loqueffret, écrit : « les colons, métayers et serviteurs des dites terres avaient pour la plupart quitté et abandonné terres et convenants, s'étant retiré du pays la plus grande partie, les autres étant morts de famine, pestilence, férocité des loups64. »
Un puissant mouvement de rechristianisation de la région est organisé aux xviie et xviiie siècles sous l'impulsion de Michel Le Nobletz (qui qualifia Huelgoat de « citadelle d'enfer »64), puis du pèreJulien Maunoir, jésuite, qui prêcha par exemple en 1679 à Locmaria-Berrien et au Huelgoat.
En 1729 est accordée la première concession minière qui concerne 12 paroisses, principalement Poullaouen et Huelgoat où des mines extrayant argent et plomb ouvrent peu après.
En 1775-1776, une révolte contre une dîme excessive prélevée par les Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem se produit à la Feuillée66 illustrant également la tradition frondeuse12 de l'Arrée. La région comptait aussi de nombreux journaliers aux salaires de misère : 890 pour une population totale de 3 000 habitants en 1774 dans la paroisse de Scrignac.
La Levée en masse de l'an II et la répression contre le clergé réfractaire (les curés de Berrien et Scrignac67 Kernaléguen et Bernard, ainsi que d'autres prêtres, sont emprisonnés à Brest, le curé de Poullaouen est exécuté à Brest, celui de Coatquéau tué dans des circonstances inconnues, d'autres émigrent tel le curé de Bolazec). Un ancien vicaire de Saint-Rivoal, Jacques Quemener, prêtre constitutionnel est tué par des Chouans à Motreff. La population soutient en partie les réfractaires : « Huelgoat et les parties environnantes sont dans un état de fermentation dont le danger doit être paré sur-le-champ (...) Les églises sont désertes, mais les fidèles accourent en foule aux chapelles où célèbrent les prêtres qui ont refusé le serment » écrit le district de Carhaix64. Des hommes se soulevèrent à partir d'août 1792 à Scrignac, Berrien, Plourac'h, etc. au nombre de 3 000 à 4 000, mais 300 seulement armés de fusils. Selon la version des bleus (républicains), 70 soldats et 42 gardes nationaux venus de Poullaouen auraient dispersé une troupe de 4 000 rebelles et les chouans sont mis en fuite. Cette version de l'histoire locale est contestée68.
L'irruption de la modernité[modifier]
L'Arrée au xixe siècle devient une terre républicaine. Selon André Siegfried69, l'habitude de l'émigration temporaire (pilhaouers, marins, sabotiers, charbonniers, ...) ou de longue durée vers les villes de la côte, Paris ou l'étranger, la tradition de la quévaise et la prédominance d'une toute petite paysannerie pauvre et une tradition frondeuse en sont les causes, même si la région fut bonapartiste sous le Second Empire. Aux débuts de la IIIe République, toute la « montagne » vote républicain (sauf Commana). « Les paysans de l'Arrée, pour la plupart petits propriétaires, ont le sentiment très vif de ce qu'ils doivent à la république70. »
André Siegfried a qualifié la région de « démocratie radicale »69. Sa tradition laïque et républicaine contraste avec l'image conservatrice traditionnellement accordée à la Bretagne : contrairement au Léon voisin, les inventaires des biens du clergé consécutifs à la Loi de séparation des Églises et de l'État de 1905 ne suscitèrent guère de protestations sauf au Huelgoat et à Berrien. « Au moment de l'application de la loi de séparation, les maires de plusieurs communes refusèrent de louer les presbytères aux curés (...) l'évêque voulut priver ces communes de leurs prêtres. Mais on sembla si bien s'accommoder de ce départ que l'autorité ecclésiastique revint bien vite sur sa décision », écrit André Siegfried. Dans le canton du Huelgoat, la gauche radicale et socialiste ne descend jamais en dessous de 58 % des voix aux diverses élections survenues entre 1877 et 1910. Après la première guerre mondiale cette tendance politique frondeuse se confirme: Louis Lallouet devient, au Huelgoat, le premier communiste élu maire en Bretagne entre 1921 et 1925. Toutefois, curieusement, des listes conservatrices l'emportent aux élections municipales du Huelgoat en 1935 et législatives dans la circonscription de Carhaix en 193664, élections qui voient pourtant au niveau national la victoire du Front populaire. Daniel Trellu, chef des FTP du Finistère pendant la Seconde Guerre mondiale a écrit : « Chez les paysans des Monts d'Arrée, il y a l'espérance d'un monde beaucoup plus fraternel ; il y a transposition des valeurs de l'Évangile dans la doctrine communiste71 ».

L'émetteur de Roc'h Trédudon.
Le mouvement de résistance dans les monts d'Arrée pendant la Seconde Guerre mondiale commence dès octobre 1942 (monument commémoratif du « premier village résistant de France » à Trédudon-le-Moine72, commune de Berrien) et plusieurs groupes de maquisards se constituent du côté du Huelgoat et de Berrien, les combats principaux ayant lieu du 3 au 5 août 1944 où les troupes américaines et les résistants attaquent les Allemands dans les monts d'Arrée72 ; de nombreux résistants furent fusillés : le docteur Jacq, du Huelgoat, à Châteaubriant dès le 15 décembre 1941, une vingtaine d'autres en 1944 et une autre vingtaine ne sont pas revenus vivants des camps de concentration. Des collaborateurs existèrent aussi: le recteur de Scrignac, l'abbé Jean-Marie Perrot, fut abattu par la résistance le 12 décembre 1943 ; animateur du Bleun-Brug, il était aussi un prêtre traditionnaliste, antisémite et anticommuniste64.
Après la Seconde Guerre mondiale, la tradition de gauche perdure : par exemple Alphonse Penven73, agriculteur, a été élu maire du Huelgoat en 1945, député de la 4e circonscription du Finistère (Carhaix) en 1956 et le canton du Huelgoat a longtemps eu un conseiller général communiste avant que ce dernier, Daniel Créoff ne finisse en 2002 par adhérer au parti socialiste.
L'attentat contre l'émetteur de télévision de Roc'h Trédudon commis par l'Armée révolutionnaire bretonne (ARB) en 1974 est encore dans les mémoires. Lesannées 1970 voient l'arrivée des blev hir (« cheveux longs ») tentés par le retour à la terre et l'écologie.
C'est un fief bretonnant encore de nos jours[réf. souhaitée], nombreux sont les enfants qui fréquentent les écoles Diwan (à Commana l'école Diwan a trois classes, autant que l'école primaire publique74) qui pratiquent un enseignement principalement en breton, la tradition des festoù-noz perdure, on y danse entre autres la « gavotte des montagnes », la pratique du gouren75 (lutte bretonne) reste fréquente ; les partis autonomistes, par exemple l'Union Démocratique bretonne (UDB), enregistrent là de bons résultats électoraux, même s'ils restent largement minoritaires[réf. souhaitée].
Une frontière naturelle[modifier]
Si les monts d'Arrée n'ont jamais été frontière d'État, à la différence par exemple des Alpes ou des Pyrénées, leur « effet-frontière » est toutefois sensible : limite entre les trois évêchés de Cornouaille, Léon et Trégor à la « fontaine des trois Evêques » (voir la légende des trois évêques52), perdue dans la lande du flanc nord des monts d'Arrée, l'illustre, limite climatique souvent (il peut faire beau au nord et mauvais au sud ou vice-versa) ; limite entre des dialectes différents au sein de la langue bretonne traditionnelle[réf. nécessaire] (« le » cornouaillais, « le » léonard), limite entre le « Finistère-nord » et le « Finistère-sud » (même si ces appellations tendent désormais à tomber en désuétude), limite entre des éditions différentes du journal régional (Le Télégramme de Brest et de l'Ouest)[réf. nécessaire], limite de circonscriptions administratives tant dans le passé (entre les districts de Morlaix, Carhaix et Châteaulin sous l'Empire, entre les arrondissements sous la IIIe République ou encore actuellement, limite de circonscriptions électorales.
C'est surtout une limite psychologique entre Léonards et Cornouaillais (« Potred Kernew, tud goue », « Cornouaillais gens farouches » disait-on en Léon et Trégor76), les préjugés étaient nombreux : le Léonard tenait le Cornouaillais pour insouciant, dépensier, bon vivant, « rouge » ; le Kerné estimait le Leonich triste, avare, « chouan », « blanc ». Les anecdotes sont innombrables pour l'illustrer : àBodilis (Pays de Léon), à la question « Qui est-là ? », l'on répond : « Oh, rien du tout, un Cornouaillais ». Quand le tonnerre gronde, les Léonards disent : « An Kerneis, ha zo c'hoari boulou » (« Les Cornouaillais s'amusent à jouer aux boules »). Les mariages étaient rares jusqu'à il y a peu entre les personnes des deux anciens évêchés ; la légende d’Ar zantic coz ne dit-elle pas que le Roc'h Trevezel ne s'ouvre qu'une fois tous les 1 000 ans ? Les descendants des julloded77 (paysans aisés enrichis dans le passé par le commerce de la toile) léonards envoyaient leurs enfants de préférence à l'école privée, les « montagnards » à l'école publique.
Ceci, ainsi que la faiblesse démographique par rapport aux villes côtières ou proches de la côte, explique la faible représentation politique constante de la région : depuis la Révolution française, aucun élu des monts d'Arrée n'a jamais été ministre ; sur 26 députés identifiés qui se sont succédé pour représenter la région de 1789 à 2010, une poignée seulement étaient originaires d'une localité de la région : Jacques Queinnec, agriculteur à Plounéour-Ménez, député de la Convention ; Théodore Le Gogal-Toulgoët, originaire de Carhaix, député du Corps législatif pendant le Directoire ; Henri De Chamaillard, né au Huelgoat et Joseph Nédélec, né à Plouyé aux débuts de la IIIe République, et Alphonse Penven, né au Huelgoat, élu en 1956, étant les rares exceptions78.
Des conditions de vie longtemps difficiles[modifier]
L'effet relief[modifier]

Le mont Saint-Michel de Brasparts sous la neige

Nuages à l'assaut du mont Saint-Michel de Brasparts
Malgré la faiblesse des altitudes, un « effet relief » existe, l'Arrée constitue un obstacle qui oblige les masses d'air à s'élever79 et la rudesse du climat est nette : les vents dominants (noroît, suroît) venus de l'Atlantique proche charrient des masses d'air maritime qui expliquent l'abondance des précipitations orographiques et la fréquence des brumes : la station climatique de Brennilis détient le record de France de la nébulosité, les précipitations moyennes, période 1961-1990, sont de 1 465 mm par an contre par exemple 652 mm à Penmarch (localité du littoral sud-ouest du Finistère), le régime des pluies varie de 60 à 190 mm par mois pendant la même période ; des épisodes pluvieux prolongés sont constatés parfois : 910 mm de novembre 2000 à janvier 2001 par exemple ; même en juillet, mois généralement le plus sec, les précipitations sont en moyenne de 60 mm80. Une relative continentalité81 se fait sentir par comparaison à la douceur de la « ceinture dorée » littorale : deux à trois degrés de moins l'hiver, quinze jours au moins de retard végétatif au printemps. Jacques Cambry l'avait déjà noté à la fin du xviiie siècle : « Les vents du sud-ouest, les vents du nord, sont terribles dans ces montagnes ; les gelées y sont fortes. Dans l'hiver de [17]88 à [17]89, la neige s'élevait à plus de dix pieds dans les vallons ; on fut sept semaines sans pouvoir mettre les animaux dans les champs82. » Les loups ont été nombreux jusqu'au milieu du xixe siècle83, les derniers ayant été tués en 188484 au Cloître-Saint-Thégonnec et en 1895 àPencran64. La tradition rapporte que le dernier loup vivant fut aperçu en 1906 dans les monts d’Arrée, entre Brasparts et Loqueffret, encore n’avait-il que trois pattes, un piège ayant sectionné la patte manquante.

Le mont Saint-Michel de Brasparts dans la brume et sous la neige
Le géographe Emmanuel de Martonne écrit en 1906 : « On peut errer pendant des heures aux environs du pic de Saint-Michel de Brasparts, au milieu de brouillard pénétrants (...) sans voir trace de la présence de l'homme85. »
Dans sa Chanson du cidre, Frédéric Le Guyader86 raconte la mésaventure d'un berger de Saint-Rivoal âgé de 10 ans :
Fanchic avait souvent à faire aux loups gloutons,
Aux bandits détrousseurs de l'Arrée
Grands seigneurs, souvenirs de toute une contrée
Qui va de Brennilis jusqu'au bourg de Sizun.
En 1790, une pétition d'habitants du Léon en faveur du choix de Landerneau comme préfecture du Finistère87 dresse ce tableau sinistre de l'insécurité sévissant alors dans les monts d'Arrée :
« Personne n'ignore que pour se rendre à Quimper, il faut faire un circuit très considérable pour éviter les montagnes d'Arrée, impraticables dans le temps indiqué pour la session des assemblées du département, et qui, dans toutes les saisons, offrent les dangers les plus effrayants. La liste des personnes qui périssent tous les ans dans les neiges en traversant les montagnes ou qui, échappées aux voleurs, deviennent la proie des bêtes féroces présente une image affligeante. Faudra-t-il que trois cent mille habitants de Léon aillent en chercher deux cent mille, perdus en quelque sorte au milieu des montagnes et des bois infestés de brigants ? Faudra-t-il que le grand nombre, rassemblé dans un évêché moins étendu mais fertile, soit attiré au loin par le petit nombre ? »
Pauvreté et misère pendant longtemps[modifier]
La pauvreté a longtemps été grande : vers 1780, l'abbé Yves Le Gloas, recteur (c'est-à-dire curé) de Plounéour-Ménez, écrit : « Ce territoire des Montagnes d'Arrée renferme des landes et des sous-bois peu fertiles. On conçoit très vite que les habitants ne doivent pas être très riches. (...) Ici, la voisine accouche sa voisine et ainsi tour à tour. De là, combien d'enfants meurent avant de paraître. D'autres sont infirmes ou impotents. (...) Le blé noir dont le commun vit coûtait 21 sous, il se vend aujourd'hui 121. Je ne parle point du froment. Nos pauvres n'en goûtent jamais. (...) Rentrer chez eux, c'est la pauvreté même. À moitié nus, sans bois pour se chauffer, sans lits, si ce n'est qu'un peu de paille, du fumier88. »
Quelques années plus tard, Jacques Cambry a fait remarquer que la région a longtemps formé un véritable isolat humain et linguistique en raison des difficultés de communication qui ont longtemps été importantes82, ce qui a entrainé une forte consanguinité, particulièrement sensible dans une commune comme Botmeur, mais aussi facilité la conservation des traditions et des croyances : légendes évoquant l'Ankou, les korrigans89, etc. ; des druides se réunissent parfois sur le Ménez Kador90, le mont Saint-Michel de Brasparts ou dans la cuvette du Yeun Elez.
Disettes (chroniques de 1785 à 1788), parfois famines, et épidémies (typhoïde en 1758, petite vérole et rougeole en 1773-1774), typhus en 1774 (consécutif au retour à Brest de l'escadre du lieutenant général Emmanuel-Auguste de Cahideuc, comte Du Bois de la Motte), choléra, etc. sévissaient souvent : en 1787, la sénéchaussée de Carhaix enregistra 1692 naissances pour 1849 décès ; celle de Châteauneuf-Huelgoat 540 naissances pour 632 décès64. Émile Souvestre raconte qu'en 1816, « la récolte de blé noir ayant manqué, on vit les habitants de l'Arrée descendre par centaines le long des montagnes et déborder dans le Léonais où, la besace sur le dos, le chapelet à la main, ils séjournèrent de longs mois, mendiant pour ne pas mourir de faim91 ».
Brousmiche décrit vers 1830 les habitants de l'Arrée comme une population « qui végète dans les habitations les plus sales entre toutes celles du Finistère92 ». Les hivers 1845-1846 et 1846-1847 furent terribles pour les habitants de l'Arrée : récoltes gelées, animaux qui meurent de froid, mildiou, mendiants qui envahissent les rues de Morlaix64... En 1855, le gallois Davies venu chasser les loups dans les monts d'Arrée écrit : « À plus d'une lieue autour de Carhaix, les pauvres paysans n'occupent qu'une mauvaise cabane en compagnie de leur cochon et de leur vache, quand leurs moyens leur permettent d'en avoir93 ». La bouillie d'avoine a longtemps constitué l'alimentation de base, restant encore consommée, mais épisodiquement, au milieu du XXe siècle94.
Les préjugés ont longtemps été très forts : par exemple le comte de Limur parle en 1874 des « sauvages » de la région, poursuivant, évoquant il est vrai un passé indéterminé : « la peau presque noire, les cheveux couleur du jais, ils portaient des culottes courtes et serrées, également propres à la danse et au combat ; la lutte était leur amusement préféré, lutte brutale où chacun s'efforçait de porter les plus rudes coups ; leur ignorance était complète ; ils ne parlaient qu'un breton rude et guttural95. Il reconnaît toutefois que ce n'est plus le cas à la date où il a écrit ces lignes. »
En 1893, le géographe Louis Gallouédec96 décrit ainsi les villages du cœur des Monts d'Arrée :
« La Feuillée, Botmeur, Saint-Rivoal, Loqueffret, comptent parmi les plus misérables bourgs du Finistère. Au centre, généralement près d'une place que les pluies ont crevassé, se dresse l'église, basse,aux murs blanchis à la chaux, aux piliers de pierre ; pavée de pierres mal jointes qu'ont usées les pieds de plusieurs générations de fidèles. Le presbytère, une ou deux auberges à la porte desquelles pend la branche de genêt, quelques maisons sombres, bâties de pierres communes qu'unit en guise de ciment un peu de terre détrempée, couvertes de chaume, et percées d'ouvertures parcimonieusement ménagées, complètent le village où s'ébattent pèle-mêle des enfants en haillons et des animaux vautrés dans le jus des étables qui s'étale en mares infectes. Quand aux mœurs, elles conservent je ne sais quoi de sauvage qui frappe même les habitants voisin du Huelgoat ou de Châteauneuf. »
À la fin du XIXe siècle, les géographes Marcel Dubois et Paul Vidal de La Blache écrivent : « La montagne ne se peuple guère : si la natalité est grande, (...) la mortalité l'est à peine moins, tant les épidémies font beaucoup de victimes parmi les enfants surtout, laissés à eux seuls, sans soins suffisants. Elle ne s'enrichit guère non plus. La Feuillée, Botmeur, Saint-Rivoal, Loqueffret, comptent parmi les plus misérables bourgs du Finistère97 ». Un autre géographe, Louis Gallouédec, écrit en 1893 : « Vous y apercevrez encore beaucoup de landes absolument incultes, des prés dont la verdeur maladive trahit le manque d'irrigation, des tourbières noircies par les bruyères corrompues, et (...) de maigres taillis d'où émergent seuls quelques tétards tordus et ébranchés, rejetons ridicules des arbres séculaires où se cueillait le gui sacré »98.
La montagne a aussi servi de zone refuge pour les plus pauvres. Jean-Marie Le Scraigne écrit : « Les gens les plus pauvres étaient obligés de quitter pour laisser la terre aux riches. Des deux côtés refluaient vers la montagne les gens qui étaient éjectés en somme par les riches qui prenaient les terres. C'était vrai surtout du côté de Botmeur et de La Feuillée99 ». La pauvreté a aussi parfois provoqué chez certains un célibat contraint engendrant clochardisation et alcoolisme ; Xavier Grall, dont une partie de la famille est issue de Scrignac en dresse un portrait terrible dans son poème Les déments :

Marchand de bestiaux de l'Arrée vers 1900.
(...) Ivrogne,
Sourds,
Lourds,
Cramoisis,
Les déments de l'Arrée sans descendance, (...)
Ils ont refusé l'exil, l'usine et l'encan, (...)
Et c'est en titubant,
A Botmeur Commana et Brasparts,
Qu'ils arpentent les chemins du néant94.
Activités humaines[modifier]
Les pilhaouers de la montagne[modifier]
Article détaillé : Pilhaouer.

Gravure d'un pilhaouer au XIXe siècle
La pauvreté des paysans de l'Arrée en raison de l'acidité des sols et de la rudesse du climat, aggravée par l'altitude et la croissance démographique importante dans la première moité du xixe siècle, a rendu indispensable des revenus d'appoint pour permettre la survie de la population, à une époque où l'exode rural était encore peu important. Les femmes maniaient la quenouille et pratiquaient le tissage, les hommes se firent colporteurs (en breton pilhaouers), en particulier dans les communes de Botmeur, La Feuillée, Brennilis et Loqueffret. Lors du recensement de 1856, l'on recense 68 pilhaouers à Botmeur ; lors de celui de 1905, 30 familles.
Les pilhaouers étaient des marchands itinérants qui échangeaient des articles divers, en particulier de la vaisselle, de la quincaillerie, des colifichets, contre deschiffons, peaux de lapin, des queues de cheval, des soies de porcs, des métaux divers récupérés, etc. qu'ils revendaient aux grossistes implantés dans les ports tels Morlaix. Ils réparaient bols, assiettes ou parapluies. Ils étaient porteurs des nouvelles, bonnes comme mauvaises et chantres des traditions populaires100.
Agriculture et sylviculture[modifier]
L'homme est parvenu malgré tout à coloniser ce milieu difficile. Malgré le climat ingrat et les sols pauvres, l'agriculture s'est laborieusement développée les siècles passés. En 1772, le curé de Commana écrit :
« Dans l'Arrée, les terres incultes couvrent une superficie de plus de 20 lieues carrées, l'on y sème cependant quelquefois du seigle et du genêt, mais si rarement que les meilleurs terrains de la montagne sont à peine cultivés une fois tous les 30 ou 40 ans. Les clôtures que l'on fait pour cette culture passagère ne durent que 3 ans, après quoi elles sont rasées, et le terrain devient commun et abandonné comme auparavant »
— Lettre du curé de Commana au contrôleur général en 177212
Les grands défrichements dans les monts d'Arrée remontent au Moyen Âge, entre les XIe et XIIIe siècles. Le géographe Camille Vallaux écrit en 1908101 : « Au temps des grands troupeaux de moutons et de la juridiction abbatiale de l'abbaye du Relec, les landes d'Arrée étaient divisées soit par des bornes, soit par des fossés, soit par de simples lignes, en grandes pièces qui atteignaient plusieurs centaines d'hectares, et qui appartenaient indivisément aux tenanciers du village le plus voisin. (...) C'était donc des tenures collectives du village ; elles n'avaient rien de commun avec ce qu'on appelle ordinairement des communaux ». Chaque tenancier devait payer sa quote-part pour leur utilisation au propriétaire seigneurial ou ecclésiastique. Par exemple, un acte du 26 février 1736 précise que les habitants du bourg trévial de Saint-Rivoal doivent payer 24 sols pour l'utilisation, « de tout temps immémorial » de 11 000 cordes (mesure de surface) de terres de « franchises et montagnes ». La persistance plus longtemps qu'ailleurs, tant dans la « montagne » que dans le marais du Yeun Elez, de terres indivises, que chacun pouvait utiliser temporairement, explique la prédominance de l'élevage des moutons prouvée par la toponymie102 (le « mouton noir d'Ouessant » est attesté dans l'Arrée dès 1750), même si Frédéric Le Guyader reprenant une chanson ancienne écrit en 1901 dans la Chanson du cidre que dans l'Arrée « l'on rencontre autant de loups que de moutons »103. À La Feuillée, chacun des 14 « villages » (hameaux) constituant la paroisse avait son lot de lande (mot synonyme de montagne dans la langue locale) où seuls les villageois dudit village avaient le droit exclusif de conduire leurs troupeaux76.
Le partage de ces « terres vaines et vagues » (boutin en breton) s'effectue vers 1860, ce qui provoque la disparition de cet élevage de type transhumance (des bovins venaient par exemple paître depuisPleyben dans la montagne d'Arrée aux xviie siècle et xviiie siècle), même s'il est réapparu récemment104. La toponymie prouve également l'importance de la culture du lin et du chanvre par le passé : dans sa thèse sur la microtoponymie des monts d’Arrée, Jean-Marie Ploneis105 a recensé quelque 50 000 noms de parcelles sur les quelques communes du canton du Huelgoat : « Ainsi remarque-t-on quelque 500 parcelles contenant le terme de liors, courtil, ce qui correspond à plus de 200 hectares de tels « courtils », certains étant suivis des termes canab, lin... remontant au travail du chanvre et du lin des siècles passés etc.106». La lande était une « terre froide », c'est-à-dire cultivée par intermittence : l'écobuage avait lieu en moyenne tous les dix ans, car pratiqué plus fréquemment il épuiserait le sol. On commençait par semer de l'ajonc (le gousilh, terme breton sans traduction française, était utilisé à la fois pour la litière du bétail et sa nourriture, après avoir été broyé et mélangé avec de l'herbe ou du foin) qui était exploité pendant deux à quatre ans, puis l'on semait du seigle ou du sarrasin, la dernière année de l'avoine, ces céréales s'adaptant très bien aux terres de la lande. Le gouzilh servait aussi de combustible : « À Saint-Rivoal, les mottes étaient toujours associées à la tourbe dans le chauffage. On découpait à la marre ar varr), une sorte de houe qui servait à écobuer, des mottes d'assez grande dimension (..) qu'on rentrait au printemps avant que ne reverdisse la montagne, quatre ou cinq charretées suffisaient aux besoins de l'année107. » Les landes ont permis à de nombreux déclassés de la vie rurale de survivre, surtout au XIXe siècle lorsque la pression démographique était forte, dernière chance de survie pour les plus pauvres, mais au prix d'une charge de travail énorme : 200 journées de travail pour écobuer un hectare108.
La révolution des techniques culturales et l'apport d'amendements calcaires (chaux, maërl) et la pression démographique plus forte ont entraîné dans la seconde moitié du xixe siècle de nouveaux défrichements et l'extension maximale des terres agricoles est atteinte au début du xxe siècle : par exemple, plus de 1 000 ha de terres furent défrichées sur Brasparts entre 1813 et 190823. La culture principale a longtemps été le sarrasin (« blé noir ») : vers 1900, il occupait 40 % de surfaces cultivées à Plounéour-Ménez109. Stendhal a écrit en 1838 : « La partie de la Bretagne où l'on parle breton vit de galettes de sarrasin110 », même si cette plante était en fait largement autant cultivée en pays gallo.
Mais une agriculture très pauvre domine encore à la fin du XIXe siècle, si l'on en croît cette description datée de 1893 : « Sur d'immenses espaces, c'est la même et constante désolation. La lande s'étend à perte de vue. (...) C'est tout au plus si le mouton qui tond le caillou et la petite vache bretonne parviennent à trouver en cette infertilité la maigre nourriture dont ils se contentent. (...) De loin en loin seulement apparaît un champ de seigle, de blé noir ou de pommes de terre, enclos d'une haie d'ajoncs ; plus rarement encore s'élève un bouquet d'arbres rabougris à l'ombrage desquels se dresse une chaumière. (...) De Brasparts à Plounéour-Ménez, en cinq lieues, on trouve cinq maisons97 ».
Des activités agricoles subsistent, réduites certes (une seule exploitation est encore en activité dans la commune de Botmeur par exemple). Sur les premières pentes de schistes dévoniens, des parcelles encloses, aujourd’hui laissées à l’ajonc ras et aux bruyères, furent autrefois des champs ou des prairies de fauche. La lande elle-même était utilisée pour la litière et même la nourriture du bétail ; les vaches, au plus trois ou quatre par ferme étaient des brizh-du, race bretonne pie noire111 allaient paître les « garennes », leur productivité en lait était « intermédiaire entre la chèvre et la frisonne94 », auxquelles succédèrent à partir de 1930 les vaches de race armoricaine. L'ajonc constituait pendant l'hiver l'alimentation de base du cheval, un bidet breton généralement94, « petit, endurant, nerveux, particulièrement adapté au terrain accidenté de la montagne94 ». Ces races ont désormais disparu. Le marais tourbeux lui-même a été par le passé utilisé par l'homme, pour l'exploitation de la tourbe certes, mais aussi, grâce au drainage, pour l'agriculture (prairies surtout, mais aussi des champs cultivés), principalement entre 1930 et 1960. Depuis la friche sociale112(abandon des terres en raison du recul des activités agricoles) a fait son œuvre en rendant d'anciennes pâtures à la lande.
L'homme a surtout colonisé les espaces les moins ingrats, à savoir les zones les moins élevées, fonds de vallée et dépressions. À l'ouest, la vallée du Rivoal, en direction de la commune de Saint-Rivoal ; au sud-ouest, la dépression de Brasparts, amorce du Bassin de Châteaulin ; à l'est, vers l'aval, les régions de Brennilis et de Loqueffret, avec leur paysage bocager typique encore visible. Ce sont des traînées de verdure par opposition aux landes sommitales.
Sur le versant méridional des Roc’h, entre les crêtes et le fond tourbeux des marais, existe une bande de terrains relativement privilégiés, bénéficiant d’une bonne exposition face au sud et d’un climat d’abri relatif. Cela explique l’alignement d’un chapelet de hameaux sur une dizaine de kilomètres, depuis Bot-Kador, au pied du Ménez Kador (Signal de Toussaines), jusqu’à Trédudon-le Moine en passant par plusieurs autres ( Roz-du, Botmeur, Bot-Bihan, Litiez, Kerberou, Trédudon-la Feuillée,…). Ces hameaux sont bâtis sur des replats moins pentus que les versants raides des Roc’h et sont, entre les landes sommitales et le marais tourbeux, les meilleures terres que l’homme ait pu cultiver au centre de l’Arrée5. La toponymie exprime la relative valeur de ces tertres : le hameau de Balanec-Ber par exemple, dont le nom (le « genêt court » en breton) indique la présence d’une plante fréquente dans ce milieu. Le double nom du hameau de Ty-ar-Yeun-Kernévez illustre aussi la difficulté des implantations humaines (Village du marais-Village neuf). Ce hameau s'est développé au xixe siècle sur une île au sein du marais du Yeun Elez.
Une forme plus récente des tentatives pour l’utilisation de l’Arrée a été le reboisement. On s’est attaqué aux parties les plus abritées des collines gréseuses. Ce reboisement en « timbre-poste » (parcelles boisées éparses en fonction du hasard de la décision de boisement prises par les propriétaires de parcelles), qui date pour l'essentiel des décennies 1950-1960 où il était encouragé par les pouvoirs publics, est accusé d'avoir modifié le paysage le transformant en paysage vosgien113 et d'accentuer l'acidification des sols déjà naturellement très acides114, avec un pH aux alentours de 5 en raison de la plantation de conifères (enrésinement), d'un meilleur rapport pour les propriétaires et menace la survie de certaines espèces comme la malaxis des tourbières115. Ces parcelles boisées, qui ne correspondent pas à l'écosystème naturel des monts d'Arrée, sont toutefois désormais en recul, car les arbres sont parvenus à maturité et progressivement abattus[réf. souhaitée]. La réserve des Landes du Cragou dans la commune de Le Cloître-Saint-Thégonnec a été créée en 1985116 par la Société pour l'étude et la protection de la nature en Bretagne (SEPNB-Bretagne vivante) pour éviter l'enrésinement du site.
Aménagements hydrauliques[modifier]

Le réservoir de Saint-Michel, avec, au fond, le site nucléaire de Brennilis.
Mais l’homme n’a pas renoncé à utiliser la Montagne d’Arrée. Deux lacs sont visibles depuis certains sommets des monts d'Arrée : le premier, au cœur même du marais, est le lac dit réservoir de Saint-Michel, en amont du barrage de Nestavel (commune de Brennilis), construit entre 1931 et 1936 pour régulariser le cours de l'Ellez et améliorer la production du barrage hydro-électrique de Saint-Herbot. Ce lac de retenue, d'une superficie de près de 500 hectares, a ennoyé la moitié orientale du marais du Yeun Elez et précipité l'abandon de l'exploitation des tourbières117. Sur ses rives s'est implantée lacentrale nucléaire des monts d'Arrée, construite à Brennilis entre 1962 et 1967, fermée en 1985 et actuellement en cours de démantèlement118. Trois autres cheminées sont visibles, qui correspondent à trois turbines à gaz édifiées sur le même site et qui fonctionnent uniquement aux heures de pointe en cas de risque de rupture d'approvisionnement électrique de la Bretagne occidentale119. Ce lac sert aussi désormais à régulariser le cours de l'Aulne, dont l'Ellez est un affluent, pour limiter les inondations dans la région de Châteaulin120. Classé « grand lac intérieur », peuplé de brochets, de truites arc en ciel et de truites farios, fréquenté par les pêcheurs121, il est peu exploité touristiquement (un camping de bord de lac toutefois à Brennilis).

Le lac de Drennec avec la chaîne de l'Arrée en arrière plan.

Le réacteur de la centrale nucléaire, en attente de démantèlement
Le second, au nord-ouest des monts d'Arrée, plus éloigné, est le lac de Drennec : ce lac artificiel, consécutif au barrage du même nom implanté sur la partie amont de l'Elorn, est un lac de stockage d'eau destiné à approvisionner en eau potable l'agglomération brestoise et une bonne partie du nord du Finistère. À la différence du reste de la Bretagne, l'eau y est presque indemne122 de nitrates123. Des activités de loisirs (plage, voile, pêche) s'y sont également implantées.
Exploitation minérale[modifier]
Les anciennes carrières de schistes ardoisiers sont désormais fermées124. L'exploitation du kaolin125, argile banche très pure provenant de la décomposition hydrothermale des feldspaths16, subsiste à Berrien et àLoqueffret. C'est désormais la seule richesse minière encore exploitée dans les monts d'Arrée (90 % de la production française de kaolin) depuis la fermeture entre les deux Guerres mondiales des mines de plomb argentifère d'Huelgoat, de Poullaouen et Locmaria-Berrien126.
Constructions[modifier]
Le patrimoine bâti traditionnel est aussi un témoin du milieu naturel127,128 : longères aux murs de granite, de quartzites ou de schistes parfois mêlés, toits couverts d'ardoises rustiques, dites sur place « de montagne » car de provenance locale, avec des faîtes parfois à lignolet (ardoises sculptées), escaliers extérieurs, maisons « à apotheiz » (maisons à avancées)129, nombreuses dans les villages de la région, mais illustrées particulièrement par l'écomusée des monts d'Arrée130 : Maison Cornec à Saint-Rivoal, Moulins de Kerouat à Commana par exemple. L'apotheiz sert généralement à placer la table, les bancs et un lit-clos formant cloison.
Des maisons à pièce unique (en breton ty-coz) et souvent couvertes de chaume ont existé par le passé, les animaux étant séparés des hommes par une claie. Des lits clos richement décorés avec des clous en cuivre, permettaient une intimité relative. Le banc servait d'armoire et aussi de marche-pied pour entrer ou sortir du lit-clos.

Maison de granite et schiste à toit surmonté d'un lignolet

Lignolet en gros plan

Façade de lit clos avec ses clous en cuivre

La Maison Cornec, écomusée des monts d'Arrée.

Une longère construite au début du XIXe siècle dans les monts d'Arrée.

Appentis à mur en schiste ardoisier debout et couvert d'ardoise « de montagne ».

Lit clos avec son banc et armoire dans la maison Cornec.
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Transports et communications[modifier]

La route départementale 785 longe le mont Saint-Michel de Brasparts et se dirige vers le Roc'h Trédudon.
Le premier aménagement de transport dans les monts d'Arrée fut la voie romaine Vorgium-Gesocribate (Carhaix-Brest).
Les chemins de la montagne étaient souvent peu sûrs, malheur à celui qui s'y attardait ou s'y perdait : à la brume et aux loups s'ajoutait les détrousseurs de voyageurs et de pèlerins. Certains sont célèbres comme La Fontenelle (voir plus haut) ou Marion du Faouët (1717-1752) qui avait une de ses caches dans la forêt du Huelgoat à la grotte du Diable. Les habitants de Botmeur en 1779 adressent cette pétition à leur évêque : « Les habitants du Botmeur sont tous de la paroisse de Berrien, et ils sont éloignés de trois lieues de l’église paroissiale. Ils ont de plus pour s’y rendre les montagnes les plus sauvages et les plus élevées de la Bretagne à traverser. En hiver, elles sont souvent couvertes de neige ; dans les autres saisons elles sont fréquemment enveloppées de brouillards très épais ; dans l’une et l’autre circonstance, les routes, peu battues, sont incertaines et l’on voit des gens du pays s’y égarer même pendant le jour, à plus forte raison pendant la nuit. Comment serait-il possible que les habitants du Botmeur pussent fréquenter pendant une grande partie de l’année sans être surpris par la nuit au milieu des montagnes ? Cet inconvénient est sans doute grand pour les hommes, mais combien l’est-il davantage pour les femmes, les filles et les enfants131. » Les transports sont longtemps restés très difficiles dans la région : « Malheur au voyageur dont l'essieu se briserait dans cette affreuse solitude » écrit Cambry en 1794.

Le mont Saint-Michel de Brasparts vu depuis l'ancien Chemin du comte
Pendant longtemps, l'itinéraire principal de l'Arrée fut le « chemin du Comte » qui suivait approximativement la ligne de crête de l'Arrée, entre Léon et Cornouaille et était très sinueux et difficilement carrossable101. Ce n'est qu'à la fin du XVIIIe siècle qu'un chemin meilleur est construit qui correspond à l'axe actuel Morlaix-Quimper ; Jacques Cambry parle en 1794 du « chemin déjà commencé de Morlaix à Châteaulin par Braspars ; il passeroit aux pieds du mont Saint-Michel »132. Il écrit aussi : « La route de Châteauneuf à Plounevez, celle de Plounevez au Huelgoat, sont impraticables en hiver. […] Il y a plus de vingt ans qu’on demande un chemin qui conduise du Huelgoat à Morlaix. Les ponts des environs sont dans un état déplorable ».
« Du bourg de Plounéour-Ménez à Brasparts (...), il y a 20 500 m de distance sans habitation aucune, ce qui souvent, surtout en hiver, est la cause de grands malheurs, on a vu des voyageurs périr sans que personne puisse leur porter secours » écrit l'ingénieur brestois Caron au préfet du Finistère en 1838 ; plusieurs auberges sont créées dans la seconde moitié du XIXe siècle le long de cet itinéraire « montagnard » Morlaix-Quimper, la première Ti Sant Mikel, l'étant en 1844 au pied de la montagne du même nom64. La construction de cette première auberge suscita des contestations : les habitants du village de Roquinarc'h en Saint-Rivoal, alors rattaché à Brasparts, se plaignirent dans une lettre au maire de Brasparts des 10 hectares de terres vendus à l'aubergiste qui, selon eux, restreignaient leurs droits traditionnels à l'utilisation du marais du Yeun Elez et notamment de la tourbe133. En 1905 encore, Camille Vallaux écrit : « Les issues [terrains et chemins parties communes et propriété collective des habitants d'un hameau] sont neuf mois sur douze d'inextricables fondrières »76. L'auberge de Croix-Cassée en Botmeur est la dernière construite en 1903.
Les aménagements ferroviaires furent plus tardifs : la ligne Morlaix-Carhaix, exploitée par le Réseau breton, desservant l'extrême est du massif (gare de Huelgoat-Locmaria) ouvre en 1891134, alors que celle de Plouescat-Rosporden des Chemins de fer armoricains, ouverte en 1912, traversait les monts d'Arrée, par une boucle allant de Commana à Brennilis via la Feuillée afin d'éviter les tourbières duYeun Elez135. Cette dernière était la gare centrale de la ligne, et un embranchement destiné à expédier la tourbe du marais avait été posé entre Brennilis et Loqueffret135. Ce « train-patate » n'avait pas un parcours facile dans les monts : il « affrontait la montagne d'Arrée par le bois de Bodriec à la pente de 13 %. Isaac [le chef du train] demandait aux voyageurs de descendre pour alléger le convoi136 » ; la ligne ferma dès 1932135. A la Feuillée, la gare et la remise à locomotives existent encore, bien que devenus des bâtiments privés. À Brennilis, la gare abrite la station météo, tandis que la ligne est devenue un chemin de randonnée permettant de remonter vers les crêtes134.
Les deux axes routiers principaux traversant les monts d'Arrée sont les routes départementales 785 et 764 (axes Lorient-Roscoff et Quimper-Morlaix).
Tourisme[modifier]
Le développement touristique de la région des monts d'Arrée s'est fait très rapidement : dès la deuxième moitié du XIXe siècle, Huelgoat, surnommé « le Fontainebleau breton » attire des touristes logés à l'hôtel de France, ouvert en 1906 ou à l'hôtel d'Angleterre, ouvert en 190864. Des écrivains et des artistes y séjournent comme Paul Sérusier ou Gustave Flaubert ; Victor Ségalen meurt en 1919 dans la forêt du Huelgoat.
Les points de vue et les spécificités géologiques ont rapidement amené un balisage spécifique, destiné aux visiteurs : le chaos du Huelgoat et les principaux accès aux monts sont équipés de panneaux en béton émaillés datant du début du xxe siècle.
La course cycliste Paris-Brest-Paris, désormais randonnée cyclotouriste, passe par le Roc'h Tredudon[réf. nécessaire].
La création du parc naturel régional d'Armorique en 1969 symbolise la volonté de protection de la nature et le développement d'un tourisme respectueux de l'environnement dans les monts d'Arrée.
Les monts d'Arrée sont parcourus par des chemins de randonnée édités par deux entités distinctes. La fédération française de la randonnée pédestre propose deux sentiers de grande randonnée, leGR 37 et le GR 380, intitulé « Tour des Monts d'Arrée ». Le parc naturel régional d'Armorique propose quant à lui des sentiers à thème pour découvrir cette partie du parc naturel137. Des centres équestres proposent des promenades, tandis que l'Equibreizh met à disposition des sentiers balisés138.
L'association ADDES139, implantée dans le village de Botcador sur la commune de Botmeur, propose de nombreuses randonnées commentées et animées, sur des thèmes environnementaux ou s'inspirant des légendes locales
Culture populaire[modifier]
Contes et légendes[modifier]
Certains auteurs, tel Jean Markale, pensent que les monts d'Arrée pourraient être le « gaste pays » que les chevaliers de la Table ronde traversèrent dans leur quête du Saint-Graal140, mais cela est du domaine de la poésie. Ainsi, la forêt du Huelgoat serait un des restes de la mythique forêt de Brocéliande141. Plusieurs sites y portent la marque du roi Arthur : la grotte d'Arthus, le camp d'Arthus, etc.
Le Yeun Elez, et en particulier les zones de tourbières du Youdig, seraient une des portes de l'Enfer, où les trépassés et les conjurés seraient amenés13,142.
Tous les mille ans, le mont Saint-Michel de Brasparts s'ouvrirait pour découvrir un saint de pierre aux pouvoirs fabuleux12.
Les monts d'Arrée dans la fiction[modifier]
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L'Ankou, album de Spirou et Fantasio dessiné par Jean-Claude Fournier, se passe au Guelhoat (anagramme de Huelgoat) et dans les monts d'Arrée, principalement autour de la centrale de Berniliz (Brennilis).
Une séquence du film de Christophe Honoré Non ma fille tu n'iras pas danser, mettant en scène un vieux conte breton, a été tournée dans les monts d'Arrée, autour de la chapelle Saint-Michel.
Photos[modifier]

Les monts d'Arrée à proximité du Roc'h Trevezel

Roc'h Trévezel

Roc'h Trévezel

Lame de quartzite tranchant le sol
Balade multicolore
Qu'il s'agisse du vin, de la région, du quartier de Casablanca, ou encore de la chaude teinte rouge foncé, la polysémie du mot Bourgogne évoque déjà de plaisantes pensées et invite au voyage. Et que dire alors du nom de la Côte d'or dont la prononciation stimule agréablement l'imagination ? Une dénomination qui, justement, fait de ce département français une exception puisqu'il échappe ainsi à une appellation déterminée selon des critères géographiques. Baptisée ainsi par Charles André Rémy Arnoult - avocat et député dijonnais - en référence à la couleur dorée des vignes de la côte beaunoise, la Côte d'or, en compagnie de la Saône et Loire, de la Nièvre ou de l'Yonne constituent les quatre départements de la région. Au centre-est de la France, la Bourgogne a su profiter des richesses de la terre et en tirer le plus grand bénéfice. D'ailleurs, les spécialités locales, du boeuf blanc au pinot noir, semblent déjà annoncer la couleur !
Etape 1
LES ÎLES SOUS LE VENT
Les îles Sous-le-Vent sont un groupe d'îles qui font partie de l'archipel de la Société, l'un des cinq archipels de la Polynésie française. Les îles Sous-le-Vent se trouvent au nord-ouest des îles du Vent, l'autre groupe des îles de la Société, qui inclut Tahiti.
Elles se composent de:
- cinq îles hautes (montagneuses) : Bora-Bora, Huahine, Maupiti, Raiatea et Tahaa
- quatre atolls : Manuae, Maupihaa, Motu One et Tupai.
MILLAU
Île d'Yeu
Vélo, paysages sauvages, mais aussi expos, boutiques, terrasses... Pour me requinquer j'apprécie de pouvoir m'isoler sans complètement abandonner ma vie de citadin.
Avec son petit port, sa cote sauvage, ses plages très différentes les unes des autres et ses petites maisons aux volets bleus, à l'Ile d'Yeu on est certain d'être dépaysé.
A seulement 45 minutes du continent en bateau, on se sent pourtant si loin. Seul... mais pas trop tout de même. Car si l'on peut se croire seul au monde sur la Cote Sauvage en quelques coups de pédales (beaucoup de loueurs de vélos sur le Port), on peut aussi retrouver ses vieux réflexes de citadins en se baladant sur le Port.
Pour les rencontres estivales, on s'attable à l'une des terrasses de Port-Joinville.
L'Ile d'Yeu qui compte en moyenne 5000 habitants, se remplie de milliers de touristes en période estivale, au grand désespoir de certains islais qui passeraient bien l'été au calme. C'est sur le Port qu'on les croise, et qu'il faut aussi être pour ne rien rater de l'activité nocturne. Au détour des ruelles on fait la connaissance de l'adorable Karin Jeanne avec ses colliers rigolos et peintures enfantines qui ont la cote (cet été, Karin Jeanne tient son atelier juste à côté de l'Office du Tourisme), on peut aussi jeter un coup d'œil du côté de chez Marie de lîle et ses toiles en vogue, et on passe voir ce qu'il y a de neuf à la Fabrique qui rassemble plusieurs créatrices. Chaque année, de nouveaux ateliers ouvrent. Pour ne rien rater, on se renseigne sur place.
Île d'Ouessant
la Tour radar ou Vigie d'observation du rail d'Ouessant (50000 passages de bateaux par an !) a été mise en service en 1982 à la suite des naufrages de l'Olympic Bravery en 1976 et de l'Amoco-Cadiz en 1978. Elle surveille le rail d'Ouessant. Celui-ci est situé à 14 km de l'île. Sa hauteur est de 72 m et de 136 par rapport au niveau de la mer.
On accède à l'Île d'Ouessant en bateau avec la compagnie Penn Ar Bed au départ de Brest et Le Conquet ou en avion avec la compagnie Finist Air.
En savoir plus :
Office de tourisme Ile d'Ouessant
Bourg de Lampaul
29242 Ouessant
HISTORIQUE:
Le Carembault, Carembaultus ager, pays à blé, de Koun, blé, et de bault, pays, est nommé Caribaut dans le titre de fondation de l'abbaye de Saint-Vaast d'Arras, en 673. Dans une transaction entre l'abbaye de Saint-Vaast et le châtelain de Lille, de mai 1220, il est nommé Quaranbaut. Ce quartier, le plus petit des cinq, était borné au nord par le Weppes et le Mélantois, au levant par le Pévèle, au midi par la Deûle et l'Artois. Il renfermait, dans la circonscription actuelle de l'arrondissement de Lille, onze villages, avec Phalempin pour chef-lieu; il avait environ 15 kilomètres de long sur 7 kilomètres 1/2 de large. Des hommes érudits ont pensé que le nom de Carembault lui venait de sa position géographique.
COMMUNE DE BAUVIN

HISTORIQUE:
Biologie marine Les forêts de laminaires ont fait l'objet d'un programme de recherche qui a duré quatre ans. En voici quelques résultats.
La Bretagne, zone refuge
Les études ont été réalisées in situ sur différentes zones de répartition, et en laboratoire avec trois espèces proches phylogénétiquement (Laminaria digitata, L. ochroleuca et L. hyperborea) et une espèce plus éloignée (Saccorhiza polyschides).
La Bretagne, zone refuge
Les études ont été réalisées in situ sur différentes zones de répartition, et en laboratoire avec trois espèces proches phylogénétiquement (Laminaria digitata, L. ochroleuca et L. hyperborea) et une espèce plus éloignée (Saccorhiza polyschides).
La Bretagne constitue une zone refuge pour Laminaria digitata car c'est une des seules régions où cette espèce a survécu lors des dernières glaciations. C'est donc là que se trouvent les génotypes ancestraux à l'origine de toutes les populations de Laminaria digitata du nord de l'Europe, de la côte est du Canada et du nord des États-Unis. « Par leur histoire, les populations de la mer d'Iroise présentent les plus fortes variabilités génétiques observées dans cette espèce. Mais cette forte diversité n'a pu se maintenir dans la région
que grâce à la très grande taille de ces populations », explique Myriam Valero. Au sein des espèces étudiées, les populations renferment des génotypes qui présentent des adaptations différentes aux conditions locales de lumière et de température de l'eau. « Ces populations ne sont donc pas interchangeables. »
Broutées par un herbivore
Un autre acteur agit sur les laminaires. Il s'agit d'Helcion pellucidum, un petit brouteur de forme ovale, qui ne mesure que quelques millimètres mais raffole de ces grandes algues. Des chercheurs du programme Ecokelp ont montré que, lorsqu'elles sont agressées par les brouteurs, les algues communiquent entre elles grâce à un signal chimique. Ce
phénomène est l'équivalent de mécanismes connus chez les plantes, mais comme les algues sont dépourvues de vascularisation et donc de vaisseaux, il reste encore à comprendre comment il est transmis et quelle est sa nature.
La recolonisation
Quant à la recolonisation d'une zone où L. digitata a été éradiquée expérimentalement, il faut attendre plus de deux années pour retrouver la même biomasse et la même
La recolonisation
Quant à la recolonisation d'une zone où L. digitata a été éradiquée expérimentalement, il faut attendre plus de deux années pour retrouver la même biomasse et la même
composition en espèces. En effet, c'est une espèce opportuniste Saccorhiza polyschides qui s'implante la première et cette laminaire se révèle moins intéressante d'un point de vue économique car elle contient des alginates de moins bonne qualité.
Ce ne sont pas des coraux
Lorsqu'elle présente les résultats du programme, celle qui
Ce ne sont pas des coraux
Lorsqu'elle présente les résultats du programme, celle qui
compare ces forêts marines aux coraux et aux mangroves, en termes de richesse patrimoniale, se heurte à l'évidence : « Ces écosystèmes qui se trouvent pourtant à deux pas de chez nous et sont menacés par l'anthropisation des milieux côtiers sont méconnus. » Elle s'est donc lancée dans la rédaction d'une brochure pour faire connaître l'importance de ces forêts pour la biodiversité, ainsi que leur valeur économique - entre 50000 et 70000 tonnes de Laminata digitata sont récoltées chaque année par les goémoniers pour les industries pharmaceutiques, cosmétiques, alimentaires.
QUE RESTERA-T-IL DU MAËRL ?
Des biologistes cherchent à comprendre comment l'extraction industrielle du maërl perturbe l'écosystème environnant.
En mars 2011, l'exploitation industrielle du maërl sera
Des biologistes cherchent à comprendre comment l'extraction industrielle du maërl perturbe l'écosystème environnant.
En mars 2011, l'exploitation industrielle du maërl sera
Changements d'échelle
Pour comprendre cette variation de la faune dans l'espace, le biologiste s'appuie sur une nouvelle méthode d'analyse de données spatiales. « Je peux mesurer ces variations sur quelques dizaines de mètres comme à grande échelle, sur plusieurs kilomètres. Et dégager l'effet de plusieurs paramètres, comme l'accumulation de sable sur les bancs provoquée par les bateaux, ou la distance au point d'extraction qui explique à elle seule 10% des variations. »
Depuis l'Antiquité, le maërl est utilisé comme source de calcaire, pour fertiliser les sols. Et depuis les années 50, il enrichit la nourriture du bétail et entre dans la composition de produits pharmaceutiques ou cosmétiques. Les bancs bretons, parmi les plus importants d'Europe, sont une source majeure. Pourtant ils sont un véritable nid à biodiversité ! Lorsqu'elles s'accumulent, les algues les plus enfouies échafaudent un dédale de microhabitats, dans lesquels les coquilles Saint-Jacques, les pétoncles ou encore les jeunes poissons peuvent se cacher de leurs prédateurs. Selon les études menées par le réseau scientifique Rebent, les bancs de maërl bretons abritent ainsi plus de 900 espèces d'invertébrés, et 150 espèces d'algues.
Retour à l'origine ?
Une telle étude de l'impact direct d'une activité industrielle n'est pas courante. Malheureusement, très peu de données ont été enregistrées avant la phase d'exploitation. Par contre, « il serait intéressant de continuer l'observation après l'arrêt de l'exploitation, pour voir si un retour à l'état d'origine est possible, ou si le milieu évolue différemment. »
Olivier Gauthier et son collègue devraient publier leurs résultats d'ici à la fin de l'année. Ils seront sûrement attendus de pied ferme par ceux qui veulent protéger ces algues.
LES TRÉSORS DES CAVERNES
Ils vivaient là dans la vallée de l'Erve ! Nos ancêtres ont laissé leurs traces dans l'est du Massif armoricain.
Vue extérieure de la grotte de la Chèvre.
Les chasseurs de mammouths aimaient ce petit canyon, en Mayenne, où l'Erve coule. Ils ont choisi deux grottes pour y vivre, côté sud, et décoré deux autres cavités, sur la rive en face. Le calcaire, introuvable ailleurs dans le Massif armoricain, a tout conservé : non seulement les pierres taillées, comme à Menez-Dregan mais aussi les os. Depuis le lancement
Il y a peu, on ne donnait pourtant pas cher de la valeur archéologique de cette grotte, vidée par l'abbé Maillard en 1875. « Il avait retrouvé deux défenses complètes de mammouth, dont l'une gravée de chevrons et croisillons ! » Des découvertes inouïes... mais ces objets sont perdus ou éparpillés dans les musées. À quoi bon chercher encore, et où ? Dans l'éboulis, en face de la grotte ! Là où l'abbé rejetait ce qui ne l'intéressait pas, selon les critères de l'époque. Après les premiers sondages en 1999, les recherches sont approfondies en 2007, sur une surface de 300m2. Les archéologues mettent de l'ordre dans ce fatras... et les indices émergent.
Rhinocéros laineux, renard polaire
Pour chaque époque, les os apportent une foule d'informations. « Ils ont souvent été fragmentés à l'état frais, pour récupérer la moelle, un aliment extraordinaire. Les os sont aussi utilisés pour l'outillage ou servent de combustible. » Suivant le climat, les hommes d'ici ont connu le cheval, le renne, mais aussi le mammouth, également attesté par des fragments de molaires, le rhinocéros laineux, l'ours brun, le loup et le renard polaire. Cette faune froide est complétée par des espèces de milieu tempéré (sanglier, chevreuil, chat sauvage, lièvre), vivant dans la vallée, cette zone refuge où il faisait plus doux.
Le néolithique (vers 4000 ans) se devine à travers une pointe de flèche ou un fragment de hache polie. Les cultures du paléolithique supérieur (40000 à 10000 ans) sont présentes, notamment par des feuilles de laurier, cette pierre taillée caractéristique du solutréen (20000 ans). L'homme de Neandertal (150000 ans) a, lui aussi, laissé son outillage et des restes osseux consommés (mammouth, cerf, aurochs).
Deux molaires humaines
Mais l'histoire de la grotte remonte beaucoup plus loin... à plus de 500000 ans, comme l'atteste un morceau de canine de tigre à dents de sabre, trouvé en 2002 ! La grotte était-elle alors un simple repaire de carnivores ? « Sauf qu'en 2008, deux molaires humaines ont été découvertes, ajoute Stéphan Hinguant, l'œil brillant. Leur robustesse, la couleur et l'aspect général évoquent des restes humains très anciens. Pouvons-nous les attribuer à un anté-Néandertalien ? Deux paléoanthropologues y travaillent. » Elles sont notamment comparées avec une mandibule de l'homme de Tautavel (450000 ans). « Mais il y a des guillemets. Il s'agit pour l'instant de vestiges, issus de déblais de fouilles du 19e siècle, pas de données retrouvées in situ. »
Un bouquetin gravé
Voisine de la grotte de la Chèvre, la grotte Rochefort (salle de 120m2 au bout d'un couloir de 40m) se révèle aussi riche en vestiges, notamment du solutréen (20000 ans). « Tout est prélevé depuis 2002. Beaucoup de choses sont inédites, par exemple la taille sur du grès, avec la même qualité que du silex. » Des fragments d'os (bouquetin, renne, cheval, mammouth) et des restes de poisson ont été trouvés, mais aussi des végétaux carbonisés (genévrier, pin, bouleau), utiles pour la datation. Des petits rongeurs ont aussi été extraits des sédiments argileux : « Un collègue micropaléontologue étudie leurs dents pour déterminer les espèces et en déduire le climat associé. » Déjà identifié, le lemming à collier... qui vit aujourd'hui dans le Grand Nord.
L'empreinte artistique
Mais l'homme a aussi laissé son empreinte artistique : des galets de cristal de roche, dont l'un rainuré, appartenaient peut-être à un pendentif ; des canines de renard et des coquillages perforés. Et surtout, 300 fragments de plaquettes gravées, dont il faut refaire les puzzles ! L'une d'elles représente un bouquetin. « Cet animal de montagne est exceptionnel au nord de la Loire. Au plus fort du froid, il a dû descendre dans la plaine, il y a 19500 ans. »
Enregistrements en 3D, prélèvements de sédiments et analyses des sols à l'appui, les chercheurs font le plan de répartition des vestiges : où était le feu ? Où étaient posées les lampes à graisse ? Dans les deux grottes, des extensions des zones de fouilles sont envisagées en 2011. À la grotte de la Chèvre, il faudra étudier le replat devant le porche d'entrée, puis la cavité elle-même. Un rapport de synthèse est prévu en 2010, mais l'histoire commence à peine.
LA BIEVRE
La Bièvre est une rivière qui prend sa source dans le quartier de Bouviers à Guyancourt et se jette dans le collecteur principal des égouts de Paris.
La Bièvre se jetait autrefois dans la Seine à Paris (au niveau de la gare d'Austerlitz) après un parcours de 33 km dans les départements des Yvelines, de l'Essonne, des Hauts-de-Seine, du Val-de-Marne et de Paris.
Depuis 1912, la Bièvre, qui était jusqu'alors la deuxième rivière parisienne et courait à travers les 13e et 5e arrondissements, est recouverte sur toute la longueur de son parcours urbain.
Elle tire peut-être son nom du latin biber, bièvre, qui est l'ancien nom du castor (cf. beaver en anglais). Il n'est pas certain que des castors y aient élu domicile, mais plus prosaïquement, beber signifie aussi : de couleur brune, comme ses eaux; enfin bibere en latin, signifie boire (recherche en cours sur des écrits de l'époque Gallo-Romaine). En 1787, la dénomination de cette rivière était « ruisseau des Gobelins », comme c'est indiqué sur la carte du Plan d'Intendance de Guyancourt. Toujours est-il que les armoiries du 13e arrondissement sont vaillamment portées par deux castors.
Depuis plusieurs années, un projet de renaissance de la Bièvre est porté par de nombreux acteurs, associatifs, intercommunaux ainsi que par le conseil régional d'Île-de-France qui a créé le syndicat mixte « Bièvre, rivière d'Île-de-France ».
MONTS d'ARREE
Géographie:Altitude 385 m, Roc'h Ruz Massif Massif armoricain
Région Bretagne,Département Finistère
Géologie:Âge Paléozoïque, Roches Roches sédimentaires etmétamorphiques
Les monts d'Arrée sont un massif montagneux ancien de la Bretagne occidentale faisant partie du massif armoricain. Composés de rochessédimentaires et métamorphiques datant du Paléozoïque, ils marquaient la limite des évêchés de Cornouaille et de Léon. Leur paysage est très proche de ceux de l'Irlande et du Pays de Galles, avec ses rocs qui émergent de la végétation constituée principalement de landes, qui est typique de l'Argoat.
C'est le cœur même de la « Bretagne bretonnante » ou Basse-Bretagne (Breiz-Izel en breton) avec ses traditions, ses légendes, son écosystème préservé. Les monts d'Arrée font partie du parc naturel régional d'Armorique créé en 1969. Les monts d'Arrée sont situés dans le département duFinistère, principalement sur les communes de Berrien, Botmeur, Brennilis, Commana, Huelgoat, La Feuillée, Le Cloître-Saint-Thégonnec,Loqueffret, Plounéour-Ménez, Saint-Rivoal et Sizun. La communauté de communes des Monts d'Arrée regroupe quant à elle les communes de Berrien et Huelgoat, ainsi que Bolazec, Locmaria-Berrien et Scrignac.
Toponymie
Le mot Arrée (ou Arrhée, Arez) proviendrait d'un vieux mot celte, anne ou enne, signifiant « montagne » qui serait aussi à l'origine par exemple du mot Pyrénées (pyr le « feu » et enne « montagne »), mais cela reste une hypothèse.
Géographie
Vue panoramique depuis le Roc'h Trévezel
« J'aimerais vous montrer les monts chauves de l'Arrée, les sentiers blancs qui conduisent à des manoirs poignardés, les chemins qui s'enroulent autour des hameaux bleus. C'est un pays de brumes et de vents en bataille, avec des toponymes aussi fluides que des ondées, aussi sonores que des gongs » — Xavier Grall, Les vents m'ont dit
Entité aux contours mal définis, les monts d'Arrée s'étendent sur environ 192 000 hectares ; ils résultent, comme l'ensemble du massif armoricain, du plissement hercynien et s'alignent selon un axe ouest-sud-ouest est-nord-est allant de la presqu'île de Crozon (Ménez-Hom) jusqu'à la limite orientale du Finistère, voire pour certains jusqu'aux environs de Belle-Isle-en-Terre dans les Côtes d'Armor.
L'émetteur de télévision de Roc'h
Trédudon et à sa droite le Roc'h Ruz
TopographiePanneau indicateur Michelin indiquant,
à vingt mètres près pour l'époque,
la hauteur du Roc'h Trevezel.
Les sommets des monts d'Arrée présentent, malgré leur faible altitude, un véritable décor de montagne5. L'escarpement rocheux de quartzites très durs, d'âge dévonien, affleurant en bancs très redressés (le pendage est d'environ 60 degrés) du Roc'h Trevezel, haut de seulement 384 mètres d'altitude, et ses voisins le Roc'h ar Feunteun (371 mètres), le Roc'h Ruz6 (considéré désormais comme le point culminant de la Bretagne depuis les derniers relevés effectués par GPS6) et Roc'h Trédudon (368 mètres) font saillie sur la crête, formant un saisissant relief, dominant d'une centaine de mètres le plateau granitique tabulaire du Léon, exposé à la vigoureuse influence des vents de noroît [nord-ouest], très verdoyant en raison du bocage et des prairies qui le recouvrent en raison de son altitude plus modeste, même s'il est en fait peu boisé du côté de Commana et de Plounéour-Ménez.
C'est une barrière puissante, mais aussi une ligne de partage des eaux extrêmement nette entre les cours d’eau coulant vers la Manche et ceux allant vers l’océan Atlantique. C’est aussi une limite humaine très nette, séparant le Léon de la Cornouaille. La lande atlantique occupe les croupes les plus hautes, tandis que les prés et les champs entourés de talus sans arbres, souvent des murets recouverts d'herbes, s’avancent jusqu’au contact des crêtes, par les vallées évasées.
La rudesse des sommets, couverts
d'une végétation rase et sèche.
La partie du plateau du Léon proche de l’alignement des Roc’h est une région déjà rude par l’altitude et la proximité de la montagne. La toponymie reflète les rigueurs du lieu : l’un des hameaux porte le nom d’« Enfer » (commune de Le Cloître-Saint-Thégonnec), un autre s’appelle Pen ar Prajou (« fin des prés ») (commune de Plounéour-Ménez), montrant que par ces têtes de vallées évasées (Penzé, Queffeulth, …), entre les premières crêtes vêtues de landes de l’Arrée, finissent les espaces agricoles du Haut-Léon (Plouigneau, Saint-Thégonnec, Landivisiau), réputés dans un passé lointain pour leurs élevages de chevaux.
Vers le sud-sud-ouest, en forme de croissant élevé, une ligne de hauteurs massives, aux sommets arrondis : le signal de Toussaines (Menez Kador ouTuchenn Kador), longtemps considéré comme le point culminant de la Bretagne (384 m) ; plus au sud, isolé, en forme de ballon, le mont Saint-Michel de Brasparts, d’altitude à peu près égale à celle de Toussaines, mais beaucoup plus puissant en apparence, par son isolement. Ces sommets arrondis constitués de grès siluriens très résistants, appelés grès armoricains. L’usure uniforme des grès a donné à ces massifs centraux de l’Arrée des formes arrondies, en coupoles, assez semblables aux dômes des noyaux granitiques. Nettement plus à l'ouest, à l'entrée de la presqu'île de Crozon, le sommet arrondi du Ménez-Hom forme le prolongement occidental de l’Arrée, mais fait partie géologiquement des montagnes Noires.
La maigre lande laisse voir, par endroits, de larges plaques grisâtres de sol gréseux sur le large faîte, où est bâtie la chapelle de Saint-Michel, témoignage de la vénération que les populations armoricaines ont toujours attachée aux hauts-lieux. De là, le panorama est immense : vers le nord, la ligne des Roc’h se prolonge très loin de part et d’autre du Roc Trévézel, vers l’est et vers l’ouest. L’Arrée est de ce côté parfaitement limitée, par le développement rectiligne de ces rochers sur des kilomètres de longueur. Vers le sud, nulle arête semblable : les hautes surfaces désolées de l’Arrée, entaillées par quelques têtes de vallées cultivées, dominent directement, sans interposition d’une ligne de reliefs plus élevés, une dépression bocagère qui est le bassin de Châteaulin.
Panneau du col de Trédudon.
Vue du réservoir de Saint-Michel
depuis le Roc'h Trevezel.
Vers l’est, dès le pied du mont Saint-Michel, on trouve les marais de Saint-Michel (en breton « Yeun Elez », les « marais de l’Ange »), une vaste dépression à peine creusée, surface plane plutôt que cuvette, fermée vers l’ouest par les monts de Toussaines et de Saint-Michel. Cette cuvette qui échappe à tout drainage est occupée par unetourbière de 1 500 hectares, en partie désormais ennoyée par le lac réservoir de Saint-Michel. Cette dépression taillée dans l’ellipse granitique9 de l’Arrée est un témoin d’une pénéplaine très ancienne, antérieure à celle qui forme les plateaux du Trégor et du Léon. L’activité érosive des eaux courantes ne l’a que peu entaillée, laissant presque intacte la vieille surface mal drainée et marécageuse du Yeun Elez.
L'impression de « montagne », malgré l'altitude très modeste, a été accentuée récemment par des modifications toponymiques voulues par les syndicats d'initiative locaux10 pour améliorer l'attractivité touristique : col de Trédudon, col de Trevezel.
Géomorphologie[modifier]
« Trois choses sont impossibles à Dieu : aplanir Brasparts, épierrer Berrien11 et arracher la fougère à Plouyé »
— Dicton de la région12
Une part du massif armoricain[modifier]
« Ces montagnes qui n’en sont plus se souviennent de l'avoir été. Jusque dans leur médiocrité présente, elles gardent un je ne sais quoi de fier et de merveilleux qui ne permet point de les ravaler au rang de simples collines. Vous êtes ici au balcon de l'Occident »
— Anatole Le Braz, La légende de la mort chez les Bretons armoricains13
Les monts d'Arrée forment, avec les collines de Normandie et les hauteurs de la Gâtine vendéenne l'une des trois régions les plus élevées du Massif armoricain, qui s'étend sur 65 000 km2 et dont les limites orientales dépassent largement celles de la Bretagne historique. C'est un massif ancien, soulevé auPaléozoïque (plissement hercynien) à plusieurs milliers de mètres d'altitude14, raboté par l'érosion (pénéplanation) pendant le Mésozoïque (pénéplaine post-hercynienne)15, et resoulevé partiellement au Cénozoïque15 lors du contre-coup des plissements pyrénéen et alpin, ce qui a entraîné une reprise de l'érosion qui a épargné les affleurements de roches dures (grès armoricain datant de l'Ordovicien, quartzites, schistes durs (parfois ardoisiers), etc.), creusant essentiellement les affleurements de roches tendres (schistes tendres, et même de granite dans la cuvette du Yeun Elez)16.
Des études scientifiques ont déterminé la topologie des monts d'Arrée lors des différentes périodes géologiques17 : lors du plissement hercynien de l'ère primaire, il y a environ 300 millions d’années, les monts d'Arrée culminaient entre 2 000 et 3 000 mètres, l'érosion de l'ère secondaire a ensuite rabaissé l'altitude pour atteindre 100 à 200 mètres de moyenne.
L’alignement principal de ces « menez » va du Ménez-Hom à l’ouest jusqu’au nord de l’Ille-et-Vilaine en passant par le Menez Bré (ou Mené Bré) et les monts du Mené dans les Côtes-d'Armor. Plus au sud, l’alignement des sommets des montagnes Noires jusqu’aux Landes de Lanvaux dans le Morbihan et le Sillon de Bretagne en Loire-Atlantique, bien que moins élevés, ont la même origine18.
Création du relief[modifier]
Géologiquement, les monts d'Arrée forment un vaste synclinorium complexe entre les plateaux granitiques du nord (Léon, Trégor) et du sud (Cornouaille) de la Bretagne dont les affleurements de roches dures ont davantage résisté à l'érosion que le granite, provoquant une inversion de relief, la région en position synclinale formant les points hauts du relief. L'infiltration de l'eau dans les diaclases fissurant le granite a entraîné sa désagrégation et la formation d'arènes granitiques qui, lorsqu'elle est emportée par l'eau courante, laisse en place les blocs arrondis de granite sain, d'où la formation de chaos granitiques comme ceux de la région du Huelgoat : vallée de la rivière d'Argent avec le chaos du Moulin, la grotte du Diable ou encore la célèbre « roche tremblante » qui pèse 100 tonnes16 ou de la vallée de Saint-Herbot et son chaos.
Cette histoire géologique explique l'horizontalité des lignes de crêtes : à quelques mètres près, tous les points hauts du relief, formés par les alignements de roches dures orientés principalement est-ouest, ont à peu près la même altitude, comprise entre 360 et 385 mètres. Ces points correspondent aux lambeaux subsistants de l'ex-pénéplaine post-hercynienne. C'est un relief appalachien typique dont le Massif Armoricain est un très bel exemple15.
Les affleurements géologiques de grès armoricain, de quartzites, de granite ont longtemps contribué à la pauvreté de la région, les sols démunis de chaux et de phosphore ne pouvant nourrir qu'une maigre lande.
Toponymie des reliefs[modifier]
L'expression « monts d'Arrée », qui s'écrivait par le passé monts d'Arhès, signifierait en vieux celtique « monts de la séparation » en raison de l'aspect de barrière que présente cette ligne de hauteurs19.
Dans la montagne d’Arrée, les quartzites dévoniens et les grès durs du silurien, débités en dalles massives, font surgir au-dessus des plateaux granitiques des sommets découpées en dents de scie. Ces arêtes aux profils étranges sont nommés de deux manières : lesroc’h (« rocs »), tels les Roc'h Trevezel, Roc'h Trédudon et Roc'h Ruz, tout en dentelures, et les créac’h (Créac'h Ménory en le Cloître-Saint-Thégonnec), beaucoup plus dégradés12. Ils contribuent à donner aux collines qu’ils dominent une véritable allure montagnarde.
Ces sommets arrondis, en coupole, portent le nom de menez (« mont ») dans le cas de monts arrondis, tels le mont Saint-Michel de Brasparts ou le Menez Kador, ou le nom de roz définissant les collines aux pentes douces (Roz-Du en Botmeur)12.
Les ravins sont des Traon (vallon exploité par l'homme, servant souvent de chemin naturel d'accès à la montagne depuis le piémont), d'où des toponymes comme Le Traon en Botmeur ou Kerandraonen Plounéour-Ménez, ou des Toul (vallon non cultivé, resté inhabité) comme à Toul an Groas le « fond de la croix ») entre Le Cloître-Saint-Thégonnec et l'abbaye du Relecq12.
Hydrographie[modifier]
C'est le château d’eau naturel du Finistère, berceau de nombreux fleuves côtiers : l’Aulne, l’Elorn, la Penzé, le Queffleut (ou Queffleuth), le Douron, l'Ellez (en breton Elez, affluent de l'Aulne), etc. y prennent leur source. L'observation d'une carte de l'ensemble de la Bretagne montre que la ligne de partage des eaux entre les fleuves côtiers descendants vers le sud, donc tributaires de l'Atlantique, au cours plus long, et ceux qui, coulant vers le Nord, rejoignent la Manche, beaucoup plus courts, est nettement décalée vers le nord : c'est une conséquence du fait que la Bretagne dans son ensemble est un horst inégalement resoulevé lors du contre-coup du plissement alpin, la partie nord l'étant davantage que la partie sud (bloc basculé)20.
À la différence de la majeure partie du reste de la Bretagne, l'eau est ici non polluée, ce qui explique la présence à Commana21 et à La Feuillée22 d'usines d'embouteillage d'eau de source, le captage puisant l'eau au pied du versant nord du Roc'h Trevezel pour la première, et sur le réseau d'eau de La Feuilléepour la seconde.
Faune et flore[modifier]
Une végétation caractéristique : la lande[modifier]
Vers 6000 à 7000 avant notre ère, les analyses polliniques indiquent que la majeure partie de l'Arrée était couverte d'une forêt tempérée humide de type océanique composée principalement de chênes, d'ormes, de frênes et de noisetiers. La lande n'occupait à cette époque que les crêtes, battues par le vent et aux sols peu profonds23. Jusqu'au début de l'âge du bronze, l'homme n'a été que très peu présent dans la région et n'a pas modifié la végétationclimacique24. Durant l'âge du bonze, une activité humaine disséminée et pastorale avec un peu d'agriculture sur brûlis a amorcé un déboisement qui s'est étendu surtout pendant l'âge du fer ; la disparition de l'humus forestier en raison de l'érosion et du lessivage des sols pentus ont entraîné l'apparition d'un sol pauvre et l'extension des landes.
Au Moyen Âge, l'accroissement des défrichements, principalement par écobuage, et des besoins en bois ont achevé de faire disparaître la forêt originelle de l'Arrée et provoqué la création du paysage bocager actuel.
La végétation caractéristique des pentes constituées par les schistes dévoniens, exploités par endroits jusqu'à récemment en carrières d’ardoises (visibles encore sur le versant nord des Roc'hs, au pied même du Roc'h Trévézel ou encore à Saint-Cadou), avoisinant les arêtes de quartzite constituant les Roc'hs, est une lande d’une extrême pauvreté, composée exclusivement de bruyères et d’ajoncs ras (une dizaine de centimètres de hauteur), de carex, de gentianes. « Douar treaz, douar ed ; douar brulu ne-d-eo ket » (« Terre de sable, terre à blé ; mais terre à digitales ne l'est pas ») dit un proverbe breton19. Rien de comparable avec la lande des pays granitiques, souvent touffue et vigoureuse, riche en genêts et ajoncs drus développés en hauteur. L’altitude, le vent, l’acidité de sols explique la désolation de ces landes d’Arrée pourtant copieusement arrosées, la maigreur de la végétation rappelant celle de certaines montagnes et plateaux calcaires. La Bretagne intérieure est nommée l’Argoat (« la Forêt ») : si c’est justifié par endroits (Forêt de Brocéliande ou Forêt du Cranou par exemple), cela ne l’est pas dans les montagnes d’Arrée caractérisées par la quasi-absence d’arbres à l’exception de plantations récentes.
Malgré une altitude moyenne très modeste (385 mètres au maximum), l'étagement de la végétation est nettement perceptible, aucun arbre n'est présent dans les parties sommitales25 balayées par les vents : alors que, dans les espaces non convertis à l'agriculture, la forêt atlantique (le toponyme Huelgoat par exemple est formé de deux noms bretons : huel, « haut » et koat, « bois »), forêt par les chênes rouvres et les hêtres (hêtre se dit Faou en breton, toponyme que l'on retrouve dans des localités telles que Le Faou ou Châteauneuf-du-Faou, ainsi que dans de nombreux lieux-dits) est la végétation naturelle correspondant au climax de cette région, elle laisse ici la place à la lande26.
Milieu fragile, menacé principalement par les incendies (celui de l'été 1976 ravagea 5 000 ha de landes sur le Tuchen Kador et le Roc’h du Mougau, celui de juin 1996 brûla 900 ha entre le Yeun Elez et le mont Saint-Michel de Brasparts25, celui de mai 2010 blessa 2 pompiers et brûla 500 ha entre Botmeur et Commana), désormais protégé dans le cadre de la directive Natura 200025, c'est le plus vaste ensemble de landes atlantiques25 de France27 : il couvre plus de 10 000 hectares28. Le sol acide de ce massif joue un rôle prépondérant sur la flore29. La lande est l'un des paysages les plus typiques de Bretagne27. Composée d'arbrisseaux, elle se développe sur des sols acides et pauvres, où dominent les bruyères, le genêt (Cytisus scoparius) et les ajoncs.
Dans ce type de milieu, l'évolution de la flore est contrôlée : les arbres ne peuvent se développer soit à cause du vent pour les landes littorales, soit à cause de la fauche ou du pâturage extensif dans les landes intérieures. Ces dernières sont aujourd'hui les plus menacées et ne sont conservées que grâce à leur entretien27. La lande se compose principalement de bruyères (Erica ciliaris ou bruyère ciliée et Erica tetralix30), d'ajoncs et de genets ainsi que de droséras(plantes carnivores). Les tourbières sont nombreuses, celles des touls (dépressions humides) bien sûr, la principale étant celle du Yeun Elez, mais aussi de nombreuses tourbières de crêtes ; la tourbe fut longtemps utilisée par les habitants de la région comme moyen de chauffage. Elle résulte de la décomposition de la matière organique. En raison de la position atlantique des tourbières, elles possèdent une végétation spécifique31 Par exemple, l'ajonc de Le Gall32 qui domine dans les landes des monts d'Arrée n'est fréquent qu'à l'ouest. La spécificité de ce massif est particulièrement d'être le réservoir principal de lasphaigne de la Pylaie32, et d'abriter près de 70 % de la population française connue d’une très rare orchidée protégée inféodée aux tourbières acides : le malaxis des tourbières32 (orchidée rarissime, Orchidaceae), dite aussi orchis (quelques centaines de pieds). L'asphodèle d'Arrondeau, pante très rare et menacée, est également présente à Berrien.
L'origine de ces landes est pour partie naturelle et pour le reste d'origine anthropique33 en raison du pastoralisme (la lande servait à litière et à la nourriture des animaux) et de l'écobuage. En nette régression aux XIXe et première moitié du XXe siècles, la lande a perdu 90 % de sa superficie34, en raison de l'extension des surfaces agricoles liée au partage du foncier en lots individuels dans la seconde partie du XIXe siècle, à la révolution fourragère et à la politique de boisement (enrésinement) au XXe siècle (entre 1948 et 1992, 3 385 ha de résineux, dont principalement 2 213 ha d'épicéa de Sitka ont été plantés avec subvention publique dans les monts d'Arrée et seulement 111 ha de feuillus35 provoquant un recul d'environ 10 % des landes). Celles-ci sont aujourd’hui abandonnées par l’agriculture, la faux et la faucille passaient là où la mécanisation a buté, elles représentent des milieux semi-naturels témoignant autant des activités humaines anciennes que des conditions écologiques actuelles36. Suite à la modernisation de l’agriculture, on assiste depuis le xixe siècle à leur régression. Le parc naturel régional d'Armorique a créé plusieurs réserves naturelles37 pour préserver ce milieu fragile telles celles des landes du Cragou et celle du Venec à Brennilis dans le marais du Yeun Elez.
Une faune caractéristique[modifier]
La faune des monts d'Arrée comporte plusieurs espèces endémiques, rares ou protégées, comme le vison d'Europe, le castor européen (réintroduit autour duréservoir de Saint-Michel depuis 196838 et formant à présent une dizaine de groupes d'individus39), le courlis cendré, le faucon hobereau, le busard Saint-Martin, le busard cendré, l'hermine, le Circaète Jean-le-Blanc12 ou l'Escargot de Quimper.
Castor européen (Castor fiber)
Circaète Jean-le-Blanc(Circaetus gallicus)
Vison d'Europe (Mustela lutreola)
Escargot de Quimper (Elona quimperiana)
Démographie[modifier]
Le Pays du Centre-Ouest Bretagne (COB) ou Kreiz Breizh en breton, qui a succédé au Groupement d'action local du Centre Ouest Bretagne (GALCOB) créé dans les années 1990, à cheval sur les trois départements du Finistère, des Côtes d'Armor et du Morbihan, vise à fédérer, au-delà des découpages administratifs départementaux, les efforts en faveur du développement de ce « pays »40. Il compte 108 communes, dont 37 dans le Finistère, sur 3 143,28 km2 (1 140,05 km2 dans le Finistère) et compte 103 380 habitants (en 2006) dont 43 445 dans le Finistère, soit une faible densité de 32 habitants par km2. La population continue à baisser41 : ce même pays était peuplé de 133 017 habitants en 1968, de 109 232 en 199042. Le vieillissement de la population est important : en 2006, 30,6 % des femmes et 22,1 % des hommes de ce pays étaient âgés 65 ans et plus41. Son action la plus symbolique étant la lutte pour achever le désenclavement routier par la mise à quatre voies sur la totalité de son itinéraire de l'axe Châteaulin-Carhaix-Loudéac-Rennes (RN 164).
Dans le cœur des monts d'Arrée, la communauté de communes du Yeun Elez n'est peuplée, à la même date, que de 4 160 habitants (19 hab/km2) la communauté de communes des Monts d'Arréen'en a que 3 853 à la même date (50 hab/km2)43. L'émigration a, depuis le milieu du xixe siècle, longtemps été forte vers Paris et les autres grands centres urbains, vers l'étranger parfois (vers l'Amérique du Nord et parfois l'Argentine) même si le phénomène est plus connu dans les montagnes Noires voisines, particulièrement dans la région de Gourin44, surnommée « Gourin l'Américaine ». L'un des descendants d'émigrés bretons en Amérique les plus connus est Jack Kerouac dont un ancêtre, Urbain-François Le Bihan de Kervoach, fils de notaire royal, est né au Huelgoat.
Paradoxalement cette nécessité de l'émigration est facteur de progrès ; André Siegfried, dans son livre Tableau politique de la France de l'Ouest le constate : « Comme la terre de la montagne est pauvre, elle ne suffit absolument pas à nourrir ses habitants. [...] C'est ailleurs que les montagnards doivent trouver l'appoint de leur subsistance. Beaucoup se font marins, douaniers, petits fonctionnaires. Revenant assez fidèlement au pays, au moins comme visiteurs, ils y rapportent l'écho de préoccupations différentes, (...) des idées avancées ».
L'émigration temporaire est fréquente également. André Siegfried poursuit : « À Botmeur, à la Feuillée, vit toute une population de chiffonniers, de marchands d'oignons. Ces pillaouers, comme on les appelle, sont la moitié du temps loin de chez eux ». En effet, les pilhaouers de Botmeur, La Feuillée, Brennilis et Loqueffret45 illustrent un exemple d'émigration temporaire de travail analogue à celle des ramoneurs savoyards.
Nombreuses sont les communes qui continuent à voir leur population baisser : le canton d'Huelgoat est passé de 8 361 habitants en 1968 à 5 454 en 2006, soit une baisse de 2 907 habitants en 38 ans (-35 %) ; la commune du Huelgoat, pourtant chef-lieu de canton, est passée de 2 456 habitants en 1968 à 1 622 habitants en 2006, soit une baisse de 834 habitants en 38 ans (-34 %). Les soldes naturels restent largement négatifs ; un excédent migratoire est certes désormais constaté, mais dû le plus souvent à l'afflux de retraités, d'où des soldes naturels largement négatifs : entre 1999 et 2006, dans le canton du Huelgoat, le taux de natalité était de 8,4 pour mille et le taux de mortalité de 21 pour mille en raison du vieillissement de la population43. Quelques signes de redressement démographique existent toutefois : la Feuillée par exemple avait 781 habitants en 1968 et 555 en 1990, soit une baisse de presque 29 % en 22 ans ; mais sa population est remontée à 657 habitants en 2006, gagnant donc 102 habitants en 16 ans (+18 %). L'arrivée de Britanniques, souvent résidents secondaires, mais parfois installés de façon permanente46, a été facilitée par la ligne Brittany Ferries reliant Plymouth à Roscoff[réf. souhaitée]. Aujourd’hui, Huelgoat (2 100 habitants) compte environ 100 foyers britanniques en résidence permanente. « Les Anglais post-soixante-huitards, disposant de peu de moyens financiers et venus vivre dans nos campagnes il y a une dizaine d’années, sans chercher à fréquenter la population locale, ont fait place à une population totalement différente, composée principalement de jeunes préretraités et de couples plus jeunes (30-40 ans) avec des enfants47. »
Histoire[modifier]
De la préhistoire à la romanisation[modifier]
Les premières traces de peuplement des monts d'Arrée sont attestées par les nombreux mégalithes, érigés partir du Ve millénaire av. J.-C.12 : menhirs deBerrien, le Cloître-Saint-Thégonnec, Coatmocun en Huelgoat, Kerelcun en La Feuillée ou l'alignement dit de « la noce de pierre » à Brasparts ; allées couvertes de Commana et Brennilis48.
De nombreux tumulus datant de l'âge du bronze ont été découverts sur les flancs des monts d'Arrée, particulièrement à Berrien49. Les fouilles ont mis en avant une grande densité de sépultures par rapport au nombre d'habitations. Ces populations auraient été composées de bergers, de prêcheurs ou demineurs de surface12 (argent, plomb, cuivre), souvent pauvres (peu d'objets usuels découverts durant les fouilles)12. Des travaux d'analyse du pollen fossile présent dans les tourbières ont montré des traces de déforestation libérant de la place pour l'élevage et les cultures12.
À l'époque gauloise, les Osismes construisent un oppidum au Huelgoat, le « camp d'Arthus », dont les vestiges existent encore aujourd'hui. Il s’étale sur une trentaine d’hectares, la partie nord plus restreinte n’étant semble-t-il qu’un rétrécissement du camp originel. Le rempart contemporain de la guerre des Gaules est une levée de terre traversée par des poutres entrecroisées, reliées entre elles par des fiches en fer ; vers l’extérieur, cette levée est protégée par un parement en pierre où s’encastrent des poutres transversales. Ce rempart avait quatre mètres de hauteur par endroits. Les rares entrées du camp sont bien agencées : portes, tours, ponts en bois, dédoublement des lignes de défense, protégeaient ces points vulnérables. Ce camp était le principal oppidum des Osismes ; il a dû servir en 56 et 51 contre les troupes romaines50.
La conquête romaine développera la région de Carhaix, sans pour autant laisser de traces importantes dans les monts d'Arrée12. Une borne miliaire a été trouvée à Croaz-Pulviny en Berrien sur le tracé de la voie romaine allant de Vorgium (Carhaix) à Gesocribate (Brest probablement). Vorgium est conquise par Litorius en 431 et les Alains pillent la région en 441. La redécouverte récente d'un Osisme romanisé, nommé Veus51, c'est le plus ancien finistérien dont le nom est connu, dont le portrait gravé sur une plaque de schiste, avait été « oublié » dans les réserves du musée départemental bretonde Quimper depuis son dépôt par François Joncour dans les années 1930, qui a permis d'identifier un village de forgerons à Castel-Dû en Brasparts illustre, entre autres exemples, que la région a bien été romanisée.
Du Moyen Âge à la Révolution[modifier]
L'arrivée de Bretons, venus de l'île de Bretagne (Grande-Bretagne actuelle) et d'Irlande est illustrée dans la région de l'Arrée par la venue en 554 de Saint-Joua à Brasparts (où il meurt), le combat en 555 entre les armées de Comonor52 comte de Poher et Tudal, prince de Domnonée (appuyé par le roi des Francs, Childebert) au Relecq [en Plounéour-Ménez], au pied de l’Arrée l'abbaye du Relecq(en Plounéour-Ménez) aurait été fondée-là pour cette raison en 560 par un disciple de Pol Aurélien, même si l'histoire retient 1132 comme date de la fondation de l'abbaye de l'ordre cistercien. Auviiie siècle, saint Herbot, venu de l'île de Bretagne, s'installe dans la région de Berrien, guérissant les malades et les animaux : les paysans continuaient encore récemment à lui offrir des crins de queues de vaches dans la chapelle de Saint-Herbot située dans la commune de Plonévez-du-Faou53.
Les Normands pillent la région, Carhaix en particulier, en 878. les vestiges de Coatmocun en Berrien prouvent l'existence d'un village médiéval assez important au xe siècle sur ce site. Des mottes féodales sont visibles à Bolazec, Botsorhel, Brasparts, Collorec, Locmaria-Berrien (Valy), Loqueffret, Poullaouen, Scrignac (Kerbrat)54 ». Dans une région jusque-là peu peuplée, la « ploue de la montagne », Plebs montis en latin, ou Plouménez, probablement une des paroisses primitives de l'Armorique55 (le nom ancien de Plebs Montis ou Ploumenez ou Plouenez était du VIe au xive siècleune des plus vastes paroisses56, de Bretagne (son chef-lieu était implanté dans l'actuel hameau de Plouenez, situé dans la commune de Brennilis), le développement du système de la quévaise57, adaptation du domaine congéable au dur milieu des monts d'Arrée, contribue à la mise en valeur agricole et au peuplement de la région selon le Cartulaire de Landévennec : « des usements, comme celui de Quévaise, très répandus dans toute la zone de l’Arrée58 », facilité par les défrichements organisés par les moines de l'abbaye de Landévennec (Bénédictins), de l'abbaye de Daoulas(Augustins), de l'abbaye du Relecq (Cisterciens) en Plounéour-Ménez actuellement) et les Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem à La Feuillée au xiie siècle, ces derniers devant entre autres obligations accueillir les voyageurs et les pèlerins traversant la « montagne ». Les restes du village médiéval du Goenidou en Berrien, occupé du xiiie au xve siècles59, sont un bon témoignage des « habitats de défrichement » mis en place par des seigneurs laïcs ou ecclésiastiques dans les monts d’Arrée à cette époque.
En 1490, selon Jean Moreau60 un soulèvement paysan « prit sa source au terroir de Carhaix du côté d’Huelgoat, sous la conduite de trois frères paysans que l’on dit originaires de la paroisse dePlouyé61 », l'épisode est évoqué dans le Barzaz Breiz (voir la gwerz des jeunes hommes de Plouyé)62. Pendant la Guerre de la Ligue, les royaux s'emparent de Carhaix en 1590 après avoir battu les ligueurs à la bataille du Moulin-au-Duc près de Landeleau63 et Guy Eder de La Fontenelle, le « brigand de Cornouaille » ensanglante la région, menant ses expéditions à partir du château de Granec en Collorec64.
La révolte du papier timbré, dite aussi « révolte des Bonnets rouges »65 en 1675, révolte contre l'oppression fiscale et seigneuriale, souleva les campagnes aux alentours de Carhaix et de Quimper, une révolte violente menée par le notaire Sébastien Le Balpe de Kergloff. Le curé de Poullaouen fut roué de coups, des manoirs furent attaqués et incendiés à Plouyé, à Scrignac, etc.64 Elle fut réprimée avec vigueur. Alain Le Moign, laboureur à Trénével en Landudal, un des autres meneurs de la révolte, fut condamné par la Cour de Carhaix le 15 octobre 1676 « à être étendu sur une croix de Saint-André, son corps et ses membres rompus et brisés à coups de barres de fer, préalablement étranglé, son corps porté à Briec, pour y demeurer jusqu’à parfaite consumation, avec défense à toutes personnes de l’en ôter ». Mais la région est dévastée : au début du xviie siècle, le receveur de la seigneurie du Rusquec située en Loqueffret, écrit : « les colons, métayers et serviteurs des dites terres avaient pour la plupart quitté et abandonné terres et convenants, s'étant retiré du pays la plus grande partie, les autres étant morts de famine, pestilence, férocité des loups64. »
Un puissant mouvement de rechristianisation de la région est organisé aux xviie et xviiie siècles sous l'impulsion de Michel Le Nobletz (qui qualifia Huelgoat de « citadelle d'enfer »64), puis du pèreJulien Maunoir, jésuite, qui prêcha par exemple en 1679 à Locmaria-Berrien et au Huelgoat.
En 1729 est accordée la première concession minière qui concerne 12 paroisses, principalement Poullaouen et Huelgoat où des mines extrayant argent et plomb ouvrent peu après.
En 1775-1776, une révolte contre une dîme excessive prélevée par les Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem se produit à la Feuillée66 illustrant également la tradition frondeuse12 de l'Arrée. La région comptait aussi de nombreux journaliers aux salaires de misère : 890 pour une population totale de 3 000 habitants en 1774 dans la paroisse de Scrignac.
La Levée en masse de l'an II et la répression contre le clergé réfractaire (les curés de Berrien et Scrignac67 Kernaléguen et Bernard, ainsi que d'autres prêtres, sont emprisonnés à Brest, le curé de Poullaouen est exécuté à Brest, celui de Coatquéau tué dans des circonstances inconnues, d'autres émigrent tel le curé de Bolazec). Un ancien vicaire de Saint-Rivoal, Jacques Quemener, prêtre constitutionnel est tué par des Chouans à Motreff. La population soutient en partie les réfractaires : « Huelgoat et les parties environnantes sont dans un état de fermentation dont le danger doit être paré sur-le-champ (...) Les églises sont désertes, mais les fidèles accourent en foule aux chapelles où célèbrent les prêtres qui ont refusé le serment » écrit le district de Carhaix64. Des hommes se soulevèrent à partir d'août 1792 à Scrignac, Berrien, Plourac'h, etc. au nombre de 3 000 à 4 000, mais 300 seulement armés de fusils. Selon la version des bleus (républicains), 70 soldats et 42 gardes nationaux venus de Poullaouen auraient dispersé une troupe de 4 000 rebelles et les chouans sont mis en fuite. Cette version de l'histoire locale est contestée68.
L'irruption de la modernité[modifier]
L'Arrée au xixe siècle devient une terre républicaine. Selon André Siegfried69, l'habitude de l'émigration temporaire (pilhaouers, marins, sabotiers, charbonniers, ...) ou de longue durée vers les villes de la côte, Paris ou l'étranger, la tradition de la quévaise et la prédominance d'une toute petite paysannerie pauvre et une tradition frondeuse en sont les causes, même si la région fut bonapartiste sous le Second Empire. Aux débuts de la IIIe République, toute la « montagne » vote républicain (sauf Commana). « Les paysans de l'Arrée, pour la plupart petits propriétaires, ont le sentiment très vif de ce qu'ils doivent à la république70. »
André Siegfried a qualifié la région de « démocratie radicale »69. Sa tradition laïque et républicaine contraste avec l'image conservatrice traditionnellement accordée à la Bretagne : contrairement au Léon voisin, les inventaires des biens du clergé consécutifs à la Loi de séparation des Églises et de l'État de 1905 ne suscitèrent guère de protestations sauf au Huelgoat et à Berrien. « Au moment de l'application de la loi de séparation, les maires de plusieurs communes refusèrent de louer les presbytères aux curés (...) l'évêque voulut priver ces communes de leurs prêtres. Mais on sembla si bien s'accommoder de ce départ que l'autorité ecclésiastique revint bien vite sur sa décision », écrit André Siegfried. Dans le canton du Huelgoat, la gauche radicale et socialiste ne descend jamais en dessous de 58 % des voix aux diverses élections survenues entre 1877 et 1910. Après la première guerre mondiale cette tendance politique frondeuse se confirme: Louis Lallouet devient, au Huelgoat, le premier communiste élu maire en Bretagne entre 1921 et 1925. Toutefois, curieusement, des listes conservatrices l'emportent aux élections municipales du Huelgoat en 1935 et législatives dans la circonscription de Carhaix en 193664, élections qui voient pourtant au niveau national la victoire du Front populaire. Daniel Trellu, chef des FTP du Finistère pendant la Seconde Guerre mondiale a écrit : « Chez les paysans des Monts d'Arrée, il y a l'espérance d'un monde beaucoup plus fraternel ; il y a transposition des valeurs de l'Évangile dans la doctrine communiste71 ».
Le mouvement de résistance dans les monts d'Arrée pendant la Seconde Guerre mondiale commence dès octobre 1942 (monument commémoratif du « premier village résistant de France » à Trédudon-le-Moine72, commune de Berrien) et plusieurs groupes de maquisards se constituent du côté du Huelgoat et de Berrien, les combats principaux ayant lieu du 3 au 5 août 1944 où les troupes américaines et les résistants attaquent les Allemands dans les monts d'Arrée72 ; de nombreux résistants furent fusillés : le docteur Jacq, du Huelgoat, à Châteaubriant dès le 15 décembre 1941, une vingtaine d'autres en 1944 et une autre vingtaine ne sont pas revenus vivants des camps de concentration. Des collaborateurs existèrent aussi: le recteur de Scrignac, l'abbé Jean-Marie Perrot, fut abattu par la résistance le 12 décembre 1943 ; animateur du Bleun-Brug, il était aussi un prêtre traditionnaliste, antisémite et anticommuniste64.
Après la Seconde Guerre mondiale, la tradition de gauche perdure : par exemple Alphonse Penven73, agriculteur, a été élu maire du Huelgoat en 1945, député de la 4e circonscription du Finistère (Carhaix) en 1956 et le canton du Huelgoat a longtemps eu un conseiller général communiste avant que ce dernier, Daniel Créoff ne finisse en 2002 par adhérer au parti socialiste.
L'attentat contre l'émetteur de télévision de Roc'h Trédudon commis par l'Armée révolutionnaire bretonne (ARB) en 1974 est encore dans les mémoires. Lesannées 1970 voient l'arrivée des blev hir (« cheveux longs ») tentés par le retour à la terre et l'écologie.
C'est un fief bretonnant encore de nos jours[réf. souhaitée], nombreux sont les enfants qui fréquentent les écoles Diwan (à Commana l'école Diwan a trois classes, autant que l'école primaire publique74) qui pratiquent un enseignement principalement en breton, la tradition des festoù-noz perdure, on y danse entre autres la « gavotte des montagnes », la pratique du gouren75 (lutte bretonne) reste fréquente ; les partis autonomistes, par exemple l'Union Démocratique bretonne (UDB), enregistrent là de bons résultats électoraux, même s'ils restent largement minoritaires[réf. souhaitée].
Une frontière naturelle[modifier]
Si les monts d'Arrée n'ont jamais été frontière d'État, à la différence par exemple des Alpes ou des Pyrénées, leur « effet-frontière » est toutefois sensible : limite entre les trois évêchés de Cornouaille, Léon et Trégor à la « fontaine des trois Evêques » (voir la légende des trois évêques52), perdue dans la lande du flanc nord des monts d'Arrée, l'illustre, limite climatique souvent (il peut faire beau au nord et mauvais au sud ou vice-versa) ; limite entre des dialectes différents au sein de la langue bretonne traditionnelle[réf. nécessaire] (« le » cornouaillais, « le » léonard), limite entre le « Finistère-nord » et le « Finistère-sud » (même si ces appellations tendent désormais à tomber en désuétude), limite entre des éditions différentes du journal régional (Le Télégramme de Brest et de l'Ouest)[réf. nécessaire], limite de circonscriptions administratives tant dans le passé (entre les districts de Morlaix, Carhaix et Châteaulin sous l'Empire, entre les arrondissements sous la IIIe République ou encore actuellement, limite de circonscriptions électorales.
C'est surtout une limite psychologique entre Léonards et Cornouaillais (« Potred Kernew, tud goue », « Cornouaillais gens farouches » disait-on en Léon et Trégor76), les préjugés étaient nombreux : le Léonard tenait le Cornouaillais pour insouciant, dépensier, bon vivant, « rouge » ; le Kerné estimait le Leonich triste, avare, « chouan », « blanc ». Les anecdotes sont innombrables pour l'illustrer : àBodilis (Pays de Léon), à la question « Qui est-là ? », l'on répond : « Oh, rien du tout, un Cornouaillais ». Quand le tonnerre gronde, les Léonards disent : « An Kerneis, ha zo c'hoari boulou » (« Les Cornouaillais s'amusent à jouer aux boules »). Les mariages étaient rares jusqu'à il y a peu entre les personnes des deux anciens évêchés ; la légende d’Ar zantic coz ne dit-elle pas que le Roc'h Trevezel ne s'ouvre qu'une fois tous les 1 000 ans ? Les descendants des julloded77 (paysans aisés enrichis dans le passé par le commerce de la toile) léonards envoyaient leurs enfants de préférence à l'école privée, les « montagnards » à l'école publique.
Ceci, ainsi que la faiblesse démographique par rapport aux villes côtières ou proches de la côte, explique la faible représentation politique constante de la région : depuis la Révolution française, aucun élu des monts d'Arrée n'a jamais été ministre ; sur 26 députés identifiés qui se sont succédé pour représenter la région de 1789 à 2010, une poignée seulement étaient originaires d'une localité de la région : Jacques Queinnec, agriculteur à Plounéour-Ménez, député de la Convention ; Théodore Le Gogal-Toulgoët, originaire de Carhaix, député du Corps législatif pendant le Directoire ; Henri De Chamaillard, né au Huelgoat et Joseph Nédélec, né à Plouyé aux débuts de la IIIe République, et Alphonse Penven, né au Huelgoat, élu en 1956, étant les rares exceptions78.
Des conditions de vie longtemps difficiles[modifier]
L'effet relief[modifier]
Malgré la faiblesse des altitudes, un « effet relief » existe, l'Arrée constitue un obstacle qui oblige les masses d'air à s'élever79 et la rudesse du climat est nette : les vents dominants (noroît, suroît) venus de l'Atlantique proche charrient des masses d'air maritime qui expliquent l'abondance des précipitations orographiques et la fréquence des brumes : la station climatique de Brennilis détient le record de France de la nébulosité, les précipitations moyennes, période 1961-1990, sont de 1 465 mm par an contre par exemple 652 mm à Penmarch (localité du littoral sud-ouest du Finistère), le régime des pluies varie de 60 à 190 mm par mois pendant la même période ; des épisodes pluvieux prolongés sont constatés parfois : 910 mm de novembre 2000 à janvier 2001 par exemple ; même en juillet, mois généralement le plus sec, les précipitations sont en moyenne de 60 mm80. Une relative continentalité81 se fait sentir par comparaison à la douceur de la « ceinture dorée » littorale : deux à trois degrés de moins l'hiver, quinze jours au moins de retard végétatif au printemps. Jacques Cambry l'avait déjà noté à la fin du xviiie siècle : « Les vents du sud-ouest, les vents du nord, sont terribles dans ces montagnes ; les gelées y sont fortes. Dans l'hiver de [17]88 à [17]89, la neige s'élevait à plus de dix pieds dans les vallons ; on fut sept semaines sans pouvoir mettre les animaux dans les champs82. » Les loups ont été nombreux jusqu'au milieu du xixe siècle83, les derniers ayant été tués en 188484 au Cloître-Saint-Thégonnec et en 1895 àPencran64. La tradition rapporte que le dernier loup vivant fut aperçu en 1906 dans les monts d’Arrée, entre Brasparts et Loqueffret, encore n’avait-il que trois pattes, un piège ayant sectionné la patte manquante.
Le géographe Emmanuel de Martonne écrit en 1906 : « On peut errer pendant des heures aux environs du pic de Saint-Michel de Brasparts, au milieu de brouillard pénétrants (...) sans voir trace de la présence de l'homme85. »
Dans sa Chanson du cidre, Frédéric Le Guyader86 raconte la mésaventure d'un berger de Saint-Rivoal âgé de 10 ans :
Fanchic avait souvent à faire aux loups gloutons,
Aux bandits détrousseurs de l'Arrée
Grands seigneurs, souvenirs de toute une contrée
Qui va de Brennilis jusqu'au bourg de Sizun.
En 1790, une pétition d'habitants du Léon en faveur du choix de Landerneau comme préfecture du Finistère87 dresse ce tableau sinistre de l'insécurité sévissant alors dans les monts d'Arrée :
« Personne n'ignore que pour se rendre à Quimper, il faut faire un circuit très considérable pour éviter les montagnes d'Arrée, impraticables dans le temps indiqué pour la session des assemblées du département, et qui, dans toutes les saisons, offrent les dangers les plus effrayants. La liste des personnes qui périssent tous les ans dans les neiges en traversant les montagnes ou qui, échappées aux voleurs, deviennent la proie des bêtes féroces présente une image affligeante. Faudra-t-il que trois cent mille habitants de Léon aillent en chercher deux cent mille, perdus en quelque sorte au milieu des montagnes et des bois infestés de brigants ? Faudra-t-il que le grand nombre, rassemblé dans un évêché moins étendu mais fertile, soit attiré au loin par le petit nombre ? »
Pauvreté et misère pendant longtemps[modifier]
La pauvreté a longtemps été grande : vers 1780, l'abbé Yves Le Gloas, recteur (c'est-à-dire curé) de Plounéour-Ménez, écrit : « Ce territoire des Montagnes d'Arrée renferme des landes et des sous-bois peu fertiles. On conçoit très vite que les habitants ne doivent pas être très riches. (...) Ici, la voisine accouche sa voisine et ainsi tour à tour. De là, combien d'enfants meurent avant de paraître. D'autres sont infirmes ou impotents. (...) Le blé noir dont le commun vit coûtait 21 sous, il se vend aujourd'hui 121. Je ne parle point du froment. Nos pauvres n'en goûtent jamais. (...) Rentrer chez eux, c'est la pauvreté même. À moitié nus, sans bois pour se chauffer, sans lits, si ce n'est qu'un peu de paille, du fumier88. »
Quelques années plus tard, Jacques Cambry a fait remarquer que la région a longtemps formé un véritable isolat humain et linguistique en raison des difficultés de communication qui ont longtemps été importantes82, ce qui a entrainé une forte consanguinité, particulièrement sensible dans une commune comme Botmeur, mais aussi facilité la conservation des traditions et des croyances : légendes évoquant l'Ankou, les korrigans89, etc. ; des druides se réunissent parfois sur le Ménez Kador90, le mont Saint-Michel de Brasparts ou dans la cuvette du Yeun Elez.
Disettes (chroniques de 1785 à 1788), parfois famines, et épidémies (typhoïde en 1758, petite vérole et rougeole en 1773-1774), typhus en 1774 (consécutif au retour à Brest de l'escadre du lieutenant général Emmanuel-Auguste de Cahideuc, comte Du Bois de la Motte), choléra, etc. sévissaient souvent : en 1787, la sénéchaussée de Carhaix enregistra 1692 naissances pour 1849 décès ; celle de Châteauneuf-Huelgoat 540 naissances pour 632 décès64. Émile Souvestre raconte qu'en 1816, « la récolte de blé noir ayant manqué, on vit les habitants de l'Arrée descendre par centaines le long des montagnes et déborder dans le Léonais où, la besace sur le dos, le chapelet à la main, ils séjournèrent de longs mois, mendiant pour ne pas mourir de faim91 ».
Brousmiche décrit vers 1830 les habitants de l'Arrée comme une population « qui végète dans les habitations les plus sales entre toutes celles du Finistère92 ». Les hivers 1845-1846 et 1846-1847 furent terribles pour les habitants de l'Arrée : récoltes gelées, animaux qui meurent de froid, mildiou, mendiants qui envahissent les rues de Morlaix64... En 1855, le gallois Davies venu chasser les loups dans les monts d'Arrée écrit : « À plus d'une lieue autour de Carhaix, les pauvres paysans n'occupent qu'une mauvaise cabane en compagnie de leur cochon et de leur vache, quand leurs moyens leur permettent d'en avoir93 ». La bouillie d'avoine a longtemps constitué l'alimentation de base, restant encore consommée, mais épisodiquement, au milieu du XXe siècle94.
Les préjugés ont longtemps été très forts : par exemple le comte de Limur parle en 1874 des « sauvages » de la région, poursuivant, évoquant il est vrai un passé indéterminé : « la peau presque noire, les cheveux couleur du jais, ils portaient des culottes courtes et serrées, également propres à la danse et au combat ; la lutte était leur amusement préféré, lutte brutale où chacun s'efforçait de porter les plus rudes coups ; leur ignorance était complète ; ils ne parlaient qu'un breton rude et guttural95. Il reconnaît toutefois que ce n'est plus le cas à la date où il a écrit ces lignes. »
En 1893, le géographe Louis Gallouédec96 décrit ainsi les villages du cœur des Monts d'Arrée :
« La Feuillée, Botmeur, Saint-Rivoal, Loqueffret, comptent parmi les plus misérables bourgs du Finistère. Au centre, généralement près d'une place que les pluies ont crevassé, se dresse l'église, basse,aux murs blanchis à la chaux, aux piliers de pierre ; pavée de pierres mal jointes qu'ont usées les pieds de plusieurs générations de fidèles. Le presbytère, une ou deux auberges à la porte desquelles pend la branche de genêt, quelques maisons sombres, bâties de pierres communes qu'unit en guise de ciment un peu de terre détrempée, couvertes de chaume, et percées d'ouvertures parcimonieusement ménagées, complètent le village où s'ébattent pèle-mêle des enfants en haillons et des animaux vautrés dans le jus des étables qui s'étale en mares infectes. Quand aux mœurs, elles conservent je ne sais quoi de sauvage qui frappe même les habitants voisin du Huelgoat ou de Châteauneuf. »
À la fin du XIXe siècle, les géographes Marcel Dubois et Paul Vidal de La Blache écrivent : « La montagne ne se peuple guère : si la natalité est grande, (...) la mortalité l'est à peine moins, tant les épidémies font beaucoup de victimes parmi les enfants surtout, laissés à eux seuls, sans soins suffisants. Elle ne s'enrichit guère non plus. La Feuillée, Botmeur, Saint-Rivoal, Loqueffret, comptent parmi les plus misérables bourgs du Finistère97 ». Un autre géographe, Louis Gallouédec, écrit en 1893 : « Vous y apercevrez encore beaucoup de landes absolument incultes, des prés dont la verdeur maladive trahit le manque d'irrigation, des tourbières noircies par les bruyères corrompues, et (...) de maigres taillis d'où émergent seuls quelques tétards tordus et ébranchés, rejetons ridicules des arbres séculaires où se cueillait le gui sacré »98.
La montagne a aussi servi de zone refuge pour les plus pauvres. Jean-Marie Le Scraigne écrit : « Les gens les plus pauvres étaient obligés de quitter pour laisser la terre aux riches. Des deux côtés refluaient vers la montagne les gens qui étaient éjectés en somme par les riches qui prenaient les terres. C'était vrai surtout du côté de Botmeur et de La Feuillée99 ». La pauvreté a aussi parfois provoqué chez certains un célibat contraint engendrant clochardisation et alcoolisme ; Xavier Grall, dont une partie de la famille est issue de Scrignac en dresse un portrait terrible dans son poème Les déments :
(...) Ivrogne,
Sourds,
Lourds,
Cramoisis,
Les déments de l'Arrée sans descendance, (...)
Ils ont refusé l'exil, l'usine et l'encan, (...)
Et c'est en titubant,
A Botmeur Commana et Brasparts,
Qu'ils arpentent les chemins du néant94.
Activités humaines[modifier]
Les pilhaouers de la montagne[modifier]
Article détaillé : Pilhaouer.
La pauvreté des paysans de l'Arrée en raison de l'acidité des sols et de la rudesse du climat, aggravée par l'altitude et la croissance démographique importante dans la première moité du xixe siècle, a rendu indispensable des revenus d'appoint pour permettre la survie de la population, à une époque où l'exode rural était encore peu important. Les femmes maniaient la quenouille et pratiquaient le tissage, les hommes se firent colporteurs (en breton pilhaouers), en particulier dans les communes de Botmeur, La Feuillée, Brennilis et Loqueffret. Lors du recensement de 1856, l'on recense 68 pilhaouers à Botmeur ; lors de celui de 1905, 30 familles.
Les pilhaouers étaient des marchands itinérants qui échangeaient des articles divers, en particulier de la vaisselle, de la quincaillerie, des colifichets, contre deschiffons, peaux de lapin, des queues de cheval, des soies de porcs, des métaux divers récupérés, etc. qu'ils revendaient aux grossistes implantés dans les ports tels Morlaix. Ils réparaient bols, assiettes ou parapluies. Ils étaient porteurs des nouvelles, bonnes comme mauvaises et chantres des traditions populaires100.
Agriculture et sylviculture[modifier]
L'homme est parvenu malgré tout à coloniser ce milieu difficile. Malgré le climat ingrat et les sols pauvres, l'agriculture s'est laborieusement développée les siècles passés. En 1772, le curé de Commana écrit :
« Dans l'Arrée, les terres incultes couvrent une superficie de plus de 20 lieues carrées, l'on y sème cependant quelquefois du seigle et du genêt, mais si rarement que les meilleurs terrains de la montagne sont à peine cultivés une fois tous les 30 ou 40 ans. Les clôtures que l'on fait pour cette culture passagère ne durent que 3 ans, après quoi elles sont rasées, et le terrain devient commun et abandonné comme auparavant »
— Lettre du curé de Commana au contrôleur général en 177212
Les grands défrichements dans les monts d'Arrée remontent au Moyen Âge, entre les XIe et XIIIe siècles. Le géographe Camille Vallaux écrit en 1908101 : « Au temps des grands troupeaux de moutons et de la juridiction abbatiale de l'abbaye du Relec, les landes d'Arrée étaient divisées soit par des bornes, soit par des fossés, soit par de simples lignes, en grandes pièces qui atteignaient plusieurs centaines d'hectares, et qui appartenaient indivisément aux tenanciers du village le plus voisin. (...) C'était donc des tenures collectives du village ; elles n'avaient rien de commun avec ce qu'on appelle ordinairement des communaux ». Chaque tenancier devait payer sa quote-part pour leur utilisation au propriétaire seigneurial ou ecclésiastique. Par exemple, un acte du 26 février 1736 précise que les habitants du bourg trévial de Saint-Rivoal doivent payer 24 sols pour l'utilisation, « de tout temps immémorial » de 11 000 cordes (mesure de surface) de terres de « franchises et montagnes ». La persistance plus longtemps qu'ailleurs, tant dans la « montagne » que dans le marais du Yeun Elez, de terres indivises, que chacun pouvait utiliser temporairement, explique la prédominance de l'élevage des moutons prouvée par la toponymie102 (le « mouton noir d'Ouessant » est attesté dans l'Arrée dès 1750), même si Frédéric Le Guyader reprenant une chanson ancienne écrit en 1901 dans la Chanson du cidre que dans l'Arrée « l'on rencontre autant de loups que de moutons »103. À La Feuillée, chacun des 14 « villages » (hameaux) constituant la paroisse avait son lot de lande (mot synonyme de montagne dans la langue locale) où seuls les villageois dudit village avaient le droit exclusif de conduire leurs troupeaux76.
Le partage de ces « terres vaines et vagues » (boutin en breton) s'effectue vers 1860, ce qui provoque la disparition de cet élevage de type transhumance (des bovins venaient par exemple paître depuisPleyben dans la montagne d'Arrée aux xviie siècle et xviiie siècle), même s'il est réapparu récemment104. La toponymie prouve également l'importance de la culture du lin et du chanvre par le passé : dans sa thèse sur la microtoponymie des monts d’Arrée, Jean-Marie Ploneis105 a recensé quelque 50 000 noms de parcelles sur les quelques communes du canton du Huelgoat : « Ainsi remarque-t-on quelque 500 parcelles contenant le terme de liors, courtil, ce qui correspond à plus de 200 hectares de tels « courtils », certains étant suivis des termes canab, lin... remontant au travail du chanvre et du lin des siècles passés etc.106». La lande était une « terre froide », c'est-à-dire cultivée par intermittence : l'écobuage avait lieu en moyenne tous les dix ans, car pratiqué plus fréquemment il épuiserait le sol. On commençait par semer de l'ajonc (le gousilh, terme breton sans traduction française, était utilisé à la fois pour la litière du bétail et sa nourriture, après avoir été broyé et mélangé avec de l'herbe ou du foin) qui était exploité pendant deux à quatre ans, puis l'on semait du seigle ou du sarrasin, la dernière année de l'avoine, ces céréales s'adaptant très bien aux terres de la lande. Le gouzilh servait aussi de combustible : « À Saint-Rivoal, les mottes étaient toujours associées à la tourbe dans le chauffage. On découpait à la marre ar varr), une sorte de houe qui servait à écobuer, des mottes d'assez grande dimension (..) qu'on rentrait au printemps avant que ne reverdisse la montagne, quatre ou cinq charretées suffisaient aux besoins de l'année107. » Les landes ont permis à de nombreux déclassés de la vie rurale de survivre, surtout au XIXe siècle lorsque la pression démographique était forte, dernière chance de survie pour les plus pauvres, mais au prix d'une charge de travail énorme : 200 journées de travail pour écobuer un hectare108.
La révolution des techniques culturales et l'apport d'amendements calcaires (chaux, maërl) et la pression démographique plus forte ont entraîné dans la seconde moitié du xixe siècle de nouveaux défrichements et l'extension maximale des terres agricoles est atteinte au début du xxe siècle : par exemple, plus de 1 000 ha de terres furent défrichées sur Brasparts entre 1813 et 190823. La culture principale a longtemps été le sarrasin (« blé noir ») : vers 1900, il occupait 40 % de surfaces cultivées à Plounéour-Ménez109. Stendhal a écrit en 1838 : « La partie de la Bretagne où l'on parle breton vit de galettes de sarrasin110 », même si cette plante était en fait largement autant cultivée en pays gallo.
Mais une agriculture très pauvre domine encore à la fin du XIXe siècle, si l'on en croît cette description datée de 1893 : « Sur d'immenses espaces, c'est la même et constante désolation. La lande s'étend à perte de vue. (...) C'est tout au plus si le mouton qui tond le caillou et la petite vache bretonne parviennent à trouver en cette infertilité la maigre nourriture dont ils se contentent. (...) De loin en loin seulement apparaît un champ de seigle, de blé noir ou de pommes de terre, enclos d'une haie d'ajoncs ; plus rarement encore s'élève un bouquet d'arbres rabougris à l'ombrage desquels se dresse une chaumière. (...) De Brasparts à Plounéour-Ménez, en cinq lieues, on trouve cinq maisons97 ».
Des activités agricoles subsistent, réduites certes (une seule exploitation est encore en activité dans la commune de Botmeur par exemple). Sur les premières pentes de schistes dévoniens, des parcelles encloses, aujourd’hui laissées à l’ajonc ras et aux bruyères, furent autrefois des champs ou des prairies de fauche. La lande elle-même était utilisée pour la litière et même la nourriture du bétail ; les vaches, au plus trois ou quatre par ferme étaient des brizh-du, race bretonne pie noire111 allaient paître les « garennes », leur productivité en lait était « intermédiaire entre la chèvre et la frisonne94 », auxquelles succédèrent à partir de 1930 les vaches de race armoricaine. L'ajonc constituait pendant l'hiver l'alimentation de base du cheval, un bidet breton généralement94, « petit, endurant, nerveux, particulièrement adapté au terrain accidenté de la montagne94 ». Ces races ont désormais disparu. Le marais tourbeux lui-même a été par le passé utilisé par l'homme, pour l'exploitation de la tourbe certes, mais aussi, grâce au drainage, pour l'agriculture (prairies surtout, mais aussi des champs cultivés), principalement entre 1930 et 1960. Depuis la friche sociale112(abandon des terres en raison du recul des activités agricoles) a fait son œuvre en rendant d'anciennes pâtures à la lande.
L'homme a surtout colonisé les espaces les moins ingrats, à savoir les zones les moins élevées, fonds de vallée et dépressions. À l'ouest, la vallée du Rivoal, en direction de la commune de Saint-Rivoal ; au sud-ouest, la dépression de Brasparts, amorce du Bassin de Châteaulin ; à l'est, vers l'aval, les régions de Brennilis et de Loqueffret, avec leur paysage bocager typique encore visible. Ce sont des traînées de verdure par opposition aux landes sommitales.
Sur le versant méridional des Roc’h, entre les crêtes et le fond tourbeux des marais, existe une bande de terrains relativement privilégiés, bénéficiant d’une bonne exposition face au sud et d’un climat d’abri relatif. Cela explique l’alignement d’un chapelet de hameaux sur une dizaine de kilomètres, depuis Bot-Kador, au pied du Ménez Kador (Signal de Toussaines), jusqu’à Trédudon-le Moine en passant par plusieurs autres ( Roz-du, Botmeur, Bot-Bihan, Litiez, Kerberou, Trédudon-la Feuillée,…). Ces hameaux sont bâtis sur des replats moins pentus que les versants raides des Roc’h et sont, entre les landes sommitales et le marais tourbeux, les meilleures terres que l’homme ait pu cultiver au centre de l’Arrée5. La toponymie exprime la relative valeur de ces tertres : le hameau de Balanec-Ber par exemple, dont le nom (le « genêt court » en breton) indique la présence d’une plante fréquente dans ce milieu. Le double nom du hameau de Ty-ar-Yeun-Kernévez illustre aussi la difficulté des implantations humaines (Village du marais-Village neuf). Ce hameau s'est développé au xixe siècle sur une île au sein du marais du Yeun Elez.
Une forme plus récente des tentatives pour l’utilisation de l’Arrée a été le reboisement. On s’est attaqué aux parties les plus abritées des collines gréseuses. Ce reboisement en « timbre-poste » (parcelles boisées éparses en fonction du hasard de la décision de boisement prises par les propriétaires de parcelles), qui date pour l'essentiel des décennies 1950-1960 où il était encouragé par les pouvoirs publics, est accusé d'avoir modifié le paysage le transformant en paysage vosgien113 et d'accentuer l'acidification des sols déjà naturellement très acides114, avec un pH aux alentours de 5 en raison de la plantation de conifères (enrésinement), d'un meilleur rapport pour les propriétaires et menace la survie de certaines espèces comme la malaxis des tourbières115. Ces parcelles boisées, qui ne correspondent pas à l'écosystème naturel des monts d'Arrée, sont toutefois désormais en recul, car les arbres sont parvenus à maturité et progressivement abattus[réf. souhaitée]. La réserve des Landes du Cragou dans la commune de Le Cloître-Saint-Thégonnec a été créée en 1985116 par la Société pour l'étude et la protection de la nature en Bretagne (SEPNB-Bretagne vivante) pour éviter l'enrésinement du site.
Aménagements hydrauliques[modifier]
Mais l’homme n’a pas renoncé à utiliser la Montagne d’Arrée. Deux lacs sont visibles depuis certains sommets des monts d'Arrée : le premier, au cœur même du marais, est le lac dit réservoir de Saint-Michel, en amont du barrage de Nestavel (commune de Brennilis), construit entre 1931 et 1936 pour régulariser le cours de l'Ellez et améliorer la production du barrage hydro-électrique de Saint-Herbot. Ce lac de retenue, d'une superficie de près de 500 hectares, a ennoyé la moitié orientale du marais du Yeun Elez et précipité l'abandon de l'exploitation des tourbières117. Sur ses rives s'est implantée lacentrale nucléaire des monts d'Arrée, construite à Brennilis entre 1962 et 1967, fermée en 1985 et actuellement en cours de démantèlement118. Trois autres cheminées sont visibles, qui correspondent à trois turbines à gaz édifiées sur le même site et qui fonctionnent uniquement aux heures de pointe en cas de risque de rupture d'approvisionnement électrique de la Bretagne occidentale119. Ce lac sert aussi désormais à régulariser le cours de l'Aulne, dont l'Ellez est un affluent, pour limiter les inondations dans la région de Châteaulin120. Classé « grand lac intérieur », peuplé de brochets, de truites arc en ciel et de truites farios, fréquenté par les pêcheurs121, il est peu exploité touristiquement (un camping de bord de lac toutefois à Brennilis).
Le second, au nord-ouest des monts d'Arrée, plus éloigné, est le lac de Drennec : ce lac artificiel, consécutif au barrage du même nom implanté sur la partie amont de l'Elorn, est un lac de stockage d'eau destiné à approvisionner en eau potable l'agglomération brestoise et une bonne partie du nord du Finistère. À la différence du reste de la Bretagne, l'eau y est presque indemne122 de nitrates123. Des activités de loisirs (plage, voile, pêche) s'y sont également implantées.
Exploitation minérale[modifier]
Les anciennes carrières de schistes ardoisiers sont désormais fermées124. L'exploitation du kaolin125, argile banche très pure provenant de la décomposition hydrothermale des feldspaths16, subsiste à Berrien et àLoqueffret. C'est désormais la seule richesse minière encore exploitée dans les monts d'Arrée (90 % de la production française de kaolin) depuis la fermeture entre les deux Guerres mondiales des mines de plomb argentifère d'Huelgoat, de Poullaouen et Locmaria-Berrien126.
Constructions[modifier]
Le patrimoine bâti traditionnel est aussi un témoin du milieu naturel127,128 : longères aux murs de granite, de quartzites ou de schistes parfois mêlés, toits couverts d'ardoises rustiques, dites sur place « de montagne » car de provenance locale, avec des faîtes parfois à lignolet (ardoises sculptées), escaliers extérieurs, maisons « à apotheiz » (maisons à avancées)129, nombreuses dans les villages de la région, mais illustrées particulièrement par l'écomusée des monts d'Arrée130 : Maison Cornec à Saint-Rivoal, Moulins de Kerouat à Commana par exemple. L'apotheiz sert généralement à placer la table, les bancs et un lit-clos formant cloison.
Des maisons à pièce unique (en breton ty-coz) et souvent couvertes de chaume ont existé par le passé, les animaux étant séparés des hommes par une claie. Des lits clos richement décorés avec des clous en cuivre, permettaient une intimité relative. Le banc servait d'armoire et aussi de marche-pied pour entrer ou sortir du lit-clos.
Maison de granite et schiste à toit surmonté d'un lignolet
Lignolet en gros plan
Façade de lit clos avec ses clous en cuivre
La Maison Cornec, écomusée des monts d'Arrée.
Une longère construite au début du XIXe siècle dans les monts d'Arrée.
Appentis à mur en schiste ardoisier debout et couvert d'ardoise « de montagne ».
Lit clos avec son banc et armoire dans la maison Cornec.
Transports et communications[modifier]
Le premier aménagement de transport dans les monts d'Arrée fut la voie romaine Vorgium-Gesocribate (Carhaix-Brest).
Les chemins de la montagne étaient souvent peu sûrs, malheur à celui qui s'y attardait ou s'y perdait : à la brume et aux loups s'ajoutait les détrousseurs de voyageurs et de pèlerins. Certains sont célèbres comme La Fontenelle (voir plus haut) ou Marion du Faouët (1717-1752) qui avait une de ses caches dans la forêt du Huelgoat à la grotte du Diable. Les habitants de Botmeur en 1779 adressent cette pétition à leur évêque : « Les habitants du Botmeur sont tous de la paroisse de Berrien, et ils sont éloignés de trois lieues de l’église paroissiale. Ils ont de plus pour s’y rendre les montagnes les plus sauvages et les plus élevées de la Bretagne à traverser. En hiver, elles sont souvent couvertes de neige ; dans les autres saisons elles sont fréquemment enveloppées de brouillards très épais ; dans l’une et l’autre circonstance, les routes, peu battues, sont incertaines et l’on voit des gens du pays s’y égarer même pendant le jour, à plus forte raison pendant la nuit. Comment serait-il possible que les habitants du Botmeur pussent fréquenter pendant une grande partie de l’année sans être surpris par la nuit au milieu des montagnes ? Cet inconvénient est sans doute grand pour les hommes, mais combien l’est-il davantage pour les femmes, les filles et les enfants131. » Les transports sont longtemps restés très difficiles dans la région : « Malheur au voyageur dont l'essieu se briserait dans cette affreuse solitude » écrit Cambry en 1794.
Pendant longtemps, l'itinéraire principal de l'Arrée fut le « chemin du Comte » qui suivait approximativement la ligne de crête de l'Arrée, entre Léon et Cornouaille et était très sinueux et difficilement carrossable101. Ce n'est qu'à la fin du XVIIIe siècle qu'un chemin meilleur est construit qui correspond à l'axe actuel Morlaix-Quimper ; Jacques Cambry parle en 1794 du « chemin déjà commencé de Morlaix à Châteaulin par Braspars ; il passeroit aux pieds du mont Saint-Michel »132. Il écrit aussi : « La route de Châteauneuf à Plounevez, celle de Plounevez au Huelgoat, sont impraticables en hiver. […] Il y a plus de vingt ans qu’on demande un chemin qui conduise du Huelgoat à Morlaix. Les ponts des environs sont dans un état déplorable ».
« Du bourg de Plounéour-Ménez à Brasparts (...), il y a 20 500 m de distance sans habitation aucune, ce qui souvent, surtout en hiver, est la cause de grands malheurs, on a vu des voyageurs périr sans que personne puisse leur porter secours » écrit l'ingénieur brestois Caron au préfet du Finistère en 1838 ; plusieurs auberges sont créées dans la seconde moitié du XIXe siècle le long de cet itinéraire « montagnard » Morlaix-Quimper, la première Ti Sant Mikel, l'étant en 1844 au pied de la montagne du même nom64. La construction de cette première auberge suscita des contestations : les habitants du village de Roquinarc'h en Saint-Rivoal, alors rattaché à Brasparts, se plaignirent dans une lettre au maire de Brasparts des 10 hectares de terres vendus à l'aubergiste qui, selon eux, restreignaient leurs droits traditionnels à l'utilisation du marais du Yeun Elez et notamment de la tourbe133. En 1905 encore, Camille Vallaux écrit : « Les issues [terrains et chemins parties communes et propriété collective des habitants d'un hameau] sont neuf mois sur douze d'inextricables fondrières »76. L'auberge de Croix-Cassée en Botmeur est la dernière construite en 1903.
Les aménagements ferroviaires furent plus tardifs : la ligne Morlaix-Carhaix, exploitée par le Réseau breton, desservant l'extrême est du massif (gare de Huelgoat-Locmaria) ouvre en 1891134, alors que celle de Plouescat-Rosporden des Chemins de fer armoricains, ouverte en 1912, traversait les monts d'Arrée, par une boucle allant de Commana à Brennilis via la Feuillée afin d'éviter les tourbières duYeun Elez135. Cette dernière était la gare centrale de la ligne, et un embranchement destiné à expédier la tourbe du marais avait été posé entre Brennilis et Loqueffret135. Ce « train-patate » n'avait pas un parcours facile dans les monts : il « affrontait la montagne d'Arrée par le bois de Bodriec à la pente de 13 %. Isaac [le chef du train] demandait aux voyageurs de descendre pour alléger le convoi136 » ; la ligne ferma dès 1932135. A la Feuillée, la gare et la remise à locomotives existent encore, bien que devenus des bâtiments privés. À Brennilis, la gare abrite la station météo, tandis que la ligne est devenue un chemin de randonnée permettant de remonter vers les crêtes134.
Les deux axes routiers principaux traversant les monts d'Arrée sont les routes départementales 785 et 764 (axes Lorient-Roscoff et Quimper-Morlaix).
Tourisme[modifier]
Le développement touristique de la région des monts d'Arrée s'est fait très rapidement : dès la deuxième moitié du XIXe siècle, Huelgoat, surnommé « le Fontainebleau breton » attire des touristes logés à l'hôtel de France, ouvert en 1906 ou à l'hôtel d'Angleterre, ouvert en 190864. Des écrivains et des artistes y séjournent comme Paul Sérusier ou Gustave Flaubert ; Victor Ségalen meurt en 1919 dans la forêt du Huelgoat.
Les points de vue et les spécificités géologiques ont rapidement amené un balisage spécifique, destiné aux visiteurs : le chaos du Huelgoat et les principaux accès aux monts sont équipés de panneaux en béton émaillés datant du début du xxe siècle.
La course cycliste Paris-Brest-Paris, désormais randonnée cyclotouriste, passe par le Roc'h Tredudon[réf. nécessaire].
La création du parc naturel régional d'Armorique en 1969 symbolise la volonté de protection de la nature et le développement d'un tourisme respectueux de l'environnement dans les monts d'Arrée.
Les monts d'Arrée sont parcourus par des chemins de randonnée édités par deux entités distinctes. La fédération française de la randonnée pédestre propose deux sentiers de grande randonnée, leGR 37 et le GR 380, intitulé « Tour des Monts d'Arrée ». Le parc naturel régional d'Armorique propose quant à lui des sentiers à thème pour découvrir cette partie du parc naturel137. Des centres équestres proposent des promenades, tandis que l'Equibreizh met à disposition des sentiers balisés138.
L'association ADDES139, implantée dans le village de Botcador sur la commune de Botmeur, propose de nombreuses randonnées commentées et animées, sur des thèmes environnementaux ou s'inspirant des légendes locales
Culture populaire[modifier]
Contes et légendes[modifier]
Certains auteurs, tel Jean Markale, pensent que les monts d'Arrée pourraient être le « gaste pays » que les chevaliers de la Table ronde traversèrent dans leur quête du Saint-Graal140, mais cela est du domaine de la poésie. Ainsi, la forêt du Huelgoat serait un des restes de la mythique forêt de Brocéliande141. Plusieurs sites y portent la marque du roi Arthur : la grotte d'Arthus, le camp d'Arthus, etc.
Le Yeun Elez, et en particulier les zones de tourbières du Youdig, seraient une des portes de l'Enfer, où les trépassés et les conjurés seraient amenés13,142.
Tous les mille ans, le mont Saint-Michel de Brasparts s'ouvrirait pour découvrir un saint de pierre aux pouvoirs fabuleux12.
Les monts d'Arrée dans la fiction[modifier]
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L'Ankou, album de Spirou et Fantasio dessiné par Jean-Claude Fournier, se passe au Guelhoat (anagramme de Huelgoat) et dans les monts d'Arrée, principalement autour de la centrale de Berniliz (Brennilis).
Une séquence du film de Christophe Honoré Non ma fille tu n'iras pas danser, mettant en scène un vieux conte breton, a été tournée dans les monts d'Arrée, autour de la chapelle Saint-Michel.
Photos[modifier]
Les monts d'Arrée à proximité du Roc'h Trevezel
Roc'h Trévezel
Roc'h Trévezel
Lame de quartzite tranchant le sol
Balade multicolore
BOURGOGNE
Blanc, rouge ou rosé ? Non, les couleurs de la Bourgogne ne se limitent pas aux secrets d'alcôves des sommeliers de talent. Arc-en-ciel irisé sans une goutte de pluie, Evene vous invite à la découverte d'une région dont la palette n'a d'égale que la beauté.
Blanc, rouge ou rosé ? Non, les couleurs de la Bourgogne ne se limitent pas aux secrets d'alcôves des sommeliers de talent. Arc-en-ciel irisé sans une goutte de pluie, Evene vous invite à la découverte d'une région dont la palette n'a d'égale que la beauté.
Etape 1
Exploration colorée de l'Yonne.
Tout commence avec l'histoire d'un artiste méconnu, au coeur d'une cathédrale qu'on gagne à connaître. A la fois peintre, sculpteur, écrivain, poète, verrier et graveur, telLéonard de Vinci, Jean Cousin se distinguait dans tous les domaines. Cependant, ce génie du XVIe siècle, né dans la banlieue de Sens, n'a jamais connu la notoriété. Seule la langue française semble lui rendre hommage ; dans le jargon des maîtres verriers, le Jean-Cousin désigne une couleur à base d'oxyde de fer, dont la teinte varie du rosé au brun. Essentiellement utilisée pour les carnations, les premières traces de son utilisation remontent au début du XVIe siècle. Rien d'étonnant alors à ce qu'on attribue à l'artiste (dont la quasi-totalité des productions a aujourd'hui disparu, si ce n'est son tableau 'Eva Prima Pandora', exposé aumusée du Louvre) la réalisation de deux vitraux de la cathédrale de Saint-Etienne de Sens, fabuleuse bâtisse considérée aujourd'hui comme l'une des premières cathédrales gothiques en France.
Le chemin de la couleur se poursuit jusqu'aux frontières de la Nièvre, où cette fois, c'est la nature qui vous réserve une surprise... Si la Bourgogne jouit de terres riches et fertiles, le travail des hommes a plus que contribué à la magnificence et la prospérité de la région. C'est donc en parfaite harmonie que les uns s'évertuent à rendre hommage aux nombreux dons prodigués par l'autre. Connue sous le nom de Puisaye, cette partie de l'Yonne fut la première productrice d'ocre de France.Utilisée dès le Moyen Age par les artistes peintres, l'ocre servit à la décoration murale des édifices religieux ; un héritage dont on verra immanquablement les stigmates au cours d'une flânerie au hasard des villages, où les façades des maisons illuminent les sentiers de leurs couleurs chatoyantes. Avec la mondialisation, l'exploitation locale du minerai tendait à disparaître. Heureusement, des associations de bénévoles ont travaillé à la réouverture de certaines carrières, et organisent régulièrement des visites guidées autour des sites d'extraction. Des expositions présentent la variété des ocres allant de l'hématite au sable ocré. Les visiteurs ont aussi la possibilité de découvrir la multiplicité des ateliers d'artisanat et de s'initier à la poterie ou à la faïence. Et puisque vous voici aux portes de la Nièvre, profitez-en pour faire un petit somme à Corvol d'Embernard où un colombier du XVIIIe siècle vous accueille dans de jolies chambres décorées de gravures, de peintures, de dessins et de photographies d'artistes en tous genres. A l'intérieur comme à l'extérieur, le cadre est envoûtant !
Etape 2
Tout commence avec l'histoire d'un artiste méconnu, au coeur d'une cathédrale qu'on gagne à connaître. A la fois peintre, sculpteur, écrivain, poète, verrier et graveur, telLéonard de Vinci, Jean Cousin se distinguait dans tous les domaines. Cependant, ce génie du XVIe siècle, né dans la banlieue de Sens, n'a jamais connu la notoriété. Seule la langue française semble lui rendre hommage ; dans le jargon des maîtres verriers, le Jean-Cousin désigne une couleur à base d'oxyde de fer, dont la teinte varie du rosé au brun. Essentiellement utilisée pour les carnations, les premières traces de son utilisation remontent au début du XVIe siècle. Rien d'étonnant alors à ce qu'on attribue à l'artiste (dont la quasi-totalité des productions a aujourd'hui disparu, si ce n'est son tableau 'Eva Prima Pandora', exposé aumusée du Louvre) la réalisation de deux vitraux de la cathédrale de Saint-Etienne de Sens, fabuleuse bâtisse considérée aujourd'hui comme l'une des premières cathédrales gothiques en France.
Le chemin de la couleur se poursuit jusqu'aux frontières de la Nièvre, où cette fois, c'est la nature qui vous réserve une surprise... Si la Bourgogne jouit de terres riches et fertiles, le travail des hommes a plus que contribué à la magnificence et la prospérité de la région. C'est donc en parfaite harmonie que les uns s'évertuent à rendre hommage aux nombreux dons prodigués par l'autre. Connue sous le nom de Puisaye, cette partie de l'Yonne fut la première productrice d'ocre de France.Utilisée dès le Moyen Age par les artistes peintres, l'ocre servit à la décoration murale des édifices religieux ; un héritage dont on verra immanquablement les stigmates au cours d'une flânerie au hasard des villages, où les façades des maisons illuminent les sentiers de leurs couleurs chatoyantes. Avec la mondialisation, l'exploitation locale du minerai tendait à disparaître. Heureusement, des associations de bénévoles ont travaillé à la réouverture de certaines carrières, et organisent régulièrement des visites guidées autour des sites d'extraction. Des expositions présentent la variété des ocres allant de l'hématite au sable ocré. Les visiteurs ont aussi la possibilité de découvrir la multiplicité des ateliers d'artisanat et de s'initier à la poterie ou à la faïence. Et puisque vous voici aux portes de la Nièvre, profitez-en pour faire un petit somme à Corvol d'Embernard où un colombier du XVIIIe siècle vous accueille dans de jolies chambres décorées de gravures, de peintures, de dessins et de photographies d'artistes en tous genres. A l'intérieur comme à l'extérieur, le cadre est envoûtant !
Etape 2
Rejoignez la Côte d'or, c'est encore meilleur que du chocolat...
Une première merveille. L'ancien palais des ducs de Bourgogne constitue, à lui seul, une splendeur architecturale. Aussi, lorsqu'en 1787, les Dijonnais décident d'y installer le musée des Beaux-Arts pour faciliter l'enseignement des élèves de l'école de dessin, l'entreprise est forcée de tenir ses promesses. Et, plus de deux siècles après son ouverture au public, le musée des Beaux-Arts de Dijon n'en finit pas de combler les amoureux de peinture. Doté d'une collection encyclopédique, le musée aborde tant l'histoire régionale que l'évolution de l'art à travers les âges. Chaque grand courant pictural y est représenté, de l'Antiquité à l'art moderne en passant par le Moyen Age et la Renaissance. C'est également l'occasion de retracer une période importante de l'histoire régionale, celle des ducs de Valois aux XVe et XVIe siècles.Les sculptures, les peintures et les objets d'art témoignent de la prospérité de l'ancien duché. Une salle, entièrement dédiée aux primitifs flamands, confirme l'importance des liens artistiques qui attachaient la Bourgogne aux Pays-Bas vers la fin du Moyen Age. Vaste source de culture, une journée ne suffit pas pour apercevoir la totalité des oeuvres exposées et apprécier la richesse de ce monument haut en couleur.
Evidemment, la réputation de la gastronomie bourguignonne n'est plus à faire ! Il ne sera donc pas question de boeuf bourguignon et encore moins d'escargots.Exceptionnellement, laissons de côté les petits-gris pour découvrir des mets bien plus colorés ! Du jaune moutarde au cassis, les champs de la Côte d'or rappellent les toitures des maisons de Beaune. Célébrité locale et nationale, on pourrait même se demander si la teinte du condiment n'est pas à l'origine du nom du département. En réalité, l'hypothèse est peu probable car avant de devenir une spécialité dijonnaise, la moutarde fut importée de Chine. Noires, les graines de sénéve, la meilleure des plantes de moutarde, transitaient ensuite par l'Egypte avant de rejoindre les terres bourguignonnes où leur culture est favorisée par une terre riche en charbon. Fabriquée dans les secrets de la tradition, sa recette est réglementée depuis le XIVe siècle. Piquante, forte, onctueuse ou légère, la boutique Maille, à Dijon, dispose d'une trentaine de variétés de moutarde en pot sans oublier celles à la pompe.
Comptant parmi les plus célèbres symboles de la Bourgogne, les toits multicolores ne trouvent pourtant pas leur origine dans la région. Et, malgré leur présence en nombre, leur implantation au sommet des édifices est relativement récente. Ainsi en est-il de l'Hôtel-Dieu de Beaune, principal monument ayant participé à la réputation des toitures bourguignonnes. Mais, au regard de leur splendeur, ces considérations ont bien peu d'importance. Que les toitures colorées proviennent de Flandres ou d'Europe centrale - comme le suggèrent certains historiens - ce sont bien les villes et villages de la région qui bénéficient de cette chatoyante beauté. Cependant, s'il existe une toiture d'origine à voir absolument, il s'agit de celle de l'Hôtel de Vogüe à Dijon. Du jaune clair à l'ocre brun en passant par le vert olive et le rouge brique, les tuiles participent largement à la beauté du monument édifié au XVIIe siècle.
Etape 3
Une première merveille. L'ancien palais des ducs de Bourgogne constitue, à lui seul, une splendeur architecturale. Aussi, lorsqu'en 1787, les Dijonnais décident d'y installer le musée des Beaux-Arts pour faciliter l'enseignement des élèves de l'école de dessin, l'entreprise est forcée de tenir ses promesses. Et, plus de deux siècles après son ouverture au public, le musée des Beaux-Arts de Dijon n'en finit pas de combler les amoureux de peinture. Doté d'une collection encyclopédique, le musée aborde tant l'histoire régionale que l'évolution de l'art à travers les âges. Chaque grand courant pictural y est représenté, de l'Antiquité à l'art moderne en passant par le Moyen Age et la Renaissance. C'est également l'occasion de retracer une période importante de l'histoire régionale, celle des ducs de Valois aux XVe et XVIe siècles.Les sculptures, les peintures et les objets d'art témoignent de la prospérité de l'ancien duché. Une salle, entièrement dédiée aux primitifs flamands, confirme l'importance des liens artistiques qui attachaient la Bourgogne aux Pays-Bas vers la fin du Moyen Age. Vaste source de culture, une journée ne suffit pas pour apercevoir la totalité des oeuvres exposées et apprécier la richesse de ce monument haut en couleur.
Evidemment, la réputation de la gastronomie bourguignonne n'est plus à faire ! Il ne sera donc pas question de boeuf bourguignon et encore moins d'escargots.Exceptionnellement, laissons de côté les petits-gris pour découvrir des mets bien plus colorés ! Du jaune moutarde au cassis, les champs de la Côte d'or rappellent les toitures des maisons de Beaune. Célébrité locale et nationale, on pourrait même se demander si la teinte du condiment n'est pas à l'origine du nom du département. En réalité, l'hypothèse est peu probable car avant de devenir une spécialité dijonnaise, la moutarde fut importée de Chine. Noires, les graines de sénéve, la meilleure des plantes de moutarde, transitaient ensuite par l'Egypte avant de rejoindre les terres bourguignonnes où leur culture est favorisée par une terre riche en charbon. Fabriquée dans les secrets de la tradition, sa recette est réglementée depuis le XIVe siècle. Piquante, forte, onctueuse ou légère, la boutique Maille, à Dijon, dispose d'une trentaine de variétés de moutarde en pot sans oublier celles à la pompe.
Comptant parmi les plus célèbres symboles de la Bourgogne, les toits multicolores ne trouvent pourtant pas leur origine dans la région. Et, malgré leur présence en nombre, leur implantation au sommet des édifices est relativement récente. Ainsi en est-il de l'Hôtel-Dieu de Beaune, principal monument ayant participé à la réputation des toitures bourguignonnes. Mais, au regard de leur splendeur, ces considérations ont bien peu d'importance. Que les toitures colorées proviennent de Flandres ou d'Europe centrale - comme le suggèrent certains historiens - ce sont bien les villes et villages de la région qui bénéficient de cette chatoyante beauté. Cependant, s'il existe une toiture d'origine à voir absolument, il s'agit de celle de l'Hôtel de Vogüe à Dijon. Du jaune clair à l'ocre brun en passant par le vert olive et le rouge brique, les tuiles participent largement à la beauté du monument édifié au XVIIe siècle.
Etape 3
En route pour la Saône et Loire en passant par Beaune.
Qu'il soit nature, royal ou normand, c'est au Dijonnais Claude Jolly, que revient en partie le mérite de remplir nos verres à l'heure de l'apéritif. Le blanc-cassis, cocktail à base de vin blanc et de crème de cassis ne pourrait exister si, en 1841, le distillateur n'avait mis au point la liqueur. Connue sous le nom de kir, la boisson tire son nom d'un ancien député-maire de Dijon, Félix Kir qui à la Libération oeuvra pour la promotion du blanc-cassis en l'offrant à ses invités. Mais attention, pour avoir un vrai kir, il est nécessaire de s'armer de véritable crème de cassis et surtout de bourgogne aligoté, sans quoi, il ne s'agit que d'un blanc-cassis. N'hésitez pas à demander un vrai kir bourguignon lors de votre escapade sur n'importe quelle terrasse de la région. Sachez toutefois que la liqueur, également utilisée pour certains desserts, peut atteindre un taux d'alcool de 20 degrés. Mais l'avantage, c'est que vous pourrez le déguster dans n'importe quel bar ou café !
La Bourgogne regorge de spécialités régionales, c'est un fait, et certains, à l'image de Laurent Peugeot, jeune chef étoilé originaire de la région ont bien compris le potentiel de cette formidable source de plaisir. Enfant déjà, son passe-temps favori consistait à mijoter les pommes de terre ramassées dans son jardin. Mais si la gastronomie bourguignonne n'a pour lui aucun secret, c'est au travers d'un surprenant mariage que le cordon-bleu dévoile ses talents. Fort d'une expérience professionnelle au Japon, Laurent Peugeot a récemment ouvert un restaurant dont les plats mélangent gastronomie nippone et tradition bourguignonne. Etonnants mais surtout succulents, ses plats allient la finesse de la cuisine asiatique à la riche et copieuse cuisine du terroir. Par ailleurs, l'originalité de la démarche se poursuit jusque dans le service, puisque tels les bars à sushis, chaque met est associé à une couleur en fonction de laquelle le prix est fixé. Comptez 4 euros par assiette verte et 12 euros lorsque le récipient est blanc. En tous les cas, une chose est sûre, au Koki, Laurent Peugeot nous en fait voir de toutes les couleurs !
Dernier passage obligé pour finir cette balade en couleur, lemusée Nicéphore Niépce, l'enfant du pays et pionnier de la photographie. Né à Châlon-sur-Saône en 1765, c'est à Saint-Loup de Varenne que Nicéphore Niépce parvient, pour la première fois de l'Histoire, à fixer une image grâce à la chambre noire. Pour réaliser l'exploit qui marque la naissance du huitième art, l'homme installe sa chambre noire sur le rebord d'une fenêtre. Au terme de dix longues heures de pose, le miracle se produit : le paysage 'Le Toit des Cras' apparaît sur la plaque d'étain recouverte de bitume de Judée. La photographie est née ! Bien entendu, il faudra attendre plusieurs dizaines d'années pour que Louis Ducos du Hauron fixe des couleurs sur l'image. Mais, pour découvrir en détails ce passage révolutionnaire, rien de tel qu'une visite à ce musée, véritable hommage à la photographie et, par extension, à toutes ces images qui n'auront pas manqué de naître lors de ce périple.Qu'il soit nature, royal ou normand, c'est au Dijonnais Claude Jolly, que revient en partie le mérite de remplir nos verres à l'heure de l'apéritif. Le blanc-cassis, cocktail à base de vin blanc et de crème de cassis ne pourrait exister si, en 1841, le distillateur n'avait mis au point la liqueur. Connue sous le nom de kir, la boisson tire son nom d'un ancien député-maire de Dijon, Félix Kir qui à la Libération oeuvra pour la promotion du blanc-cassis en l'offrant à ses invités. Mais attention, pour avoir un vrai kir, il est nécessaire de s'armer de véritable crème de cassis et surtout de bourgogne aligoté, sans quoi, il ne s'agit que d'un blanc-cassis. N'hésitez pas à demander un vrai kir bourguignon lors de votre escapade sur n'importe quelle terrasse de la région. Sachez toutefois que la liqueur, également utilisée pour certains desserts, peut atteindre un taux d'alcool de 20 degrés. Mais l'avantage, c'est que vous pourrez le déguster dans n'importe quel bar ou café !
La Bourgogne regorge de spécialités régionales, c'est un fait, et certains, à l'image de Laurent Peugeot, jeune chef étoilé originaire de la région ont bien compris le potentiel de cette formidable source de plaisir. Enfant déjà, son passe-temps favori consistait à mijoter les pommes de terre ramassées dans son jardin. Mais si la gastronomie bourguignonne n'a pour lui aucun secret, c'est au travers d'un surprenant mariage que le cordon-bleu dévoile ses talents. Fort d'une expérience professionnelle au Japon, Laurent Peugeot a récemment ouvert un restaurant dont les plats mélangent gastronomie nippone et tradition bourguignonne. Etonnants mais surtout succulents, ses plats allient la finesse de la cuisine asiatique à la riche et copieuse cuisine du terroir. Par ailleurs, l'originalité de la démarche se poursuit jusque dans le service, puisque tels les bars à sushis, chaque met est associé à une couleur en fonction de laquelle le prix est fixé. Comptez 4 euros par assiette verte et 12 euros lorsque le récipient est blanc. En tous les cas, une chose est sûre, au Koki, Laurent Peugeot nous en fait voir de toutes les couleurs !
LES ÎLES SOUS LE VENT
Les îles Sous-le-Vent sont un groupe d'îles qui font partie de l'archipel de la Société, l'un des cinq archipels de la Polynésie française. Les îles Sous-le-Vent se trouvent au nord-ouest des îles du Vent, l'autre groupe des îles de la Société, qui inclut Tahiti.
Elles se composent de:
- cinq îles hautes (montagneuses) : Bora-Bora, Huahine, Maupiti, Raiatea et Tahaa
- quatre atolls : Manuae, Maupihaa, Motu One et Tupai.
MILLAU
Ses fromages, son viaduc, son plateau du Larzac et son Bové national. Au delà des clichés éculés, la commune aveyronnaise a beaucoup d'autres choses à offrir. Suivez le guide...
Nature et gastronomie comptent bien sûr parmi ses premiers atouts. Cette commune de l'Aveyron se situe au coeur du parc régional de Grands Causses. Une situation géographique exceptionnelle. Côté flore, la commune réunit à elle seule plus de 2000 espèces ! Côté paysage, les regards risquent de ne pas s'en remettre : étendus infinis de verdure, gorges innombrables, steppes de calcaire.... La commune de Millau est ainsi un lieu privilégié pour la pratique d'activités sportives de plein air. D'ailleurs plusieurs évènement sportifs y sont réputés : les 100 km de Millau (course à pied), qui a lieu depuis 1972 tous les derniers samedis du mois de septembre; les Natural Games (en juin), festival qui tourne autour de cinq disciplines (l'escalade, le VTT, le kayak, le parapente et le slackline); le Rallye des cardabelles (championnat de France des rallyes sur terre). Enfin sachez que, comme partout dans l'Aveyron, les exploitations agricoles sont nombreuses sur la commune. Fromages, produits laitiers, viande... valent donc le détour. Vous pouvez par exemple y goûter l'un des meilleurs Roquefort de France. Le lait des brebis qui parcourent les étendues des grands causses, donne à ce fromage un sacré goût. "On retrouve le lait de brebis dans la fabrication d'autres fromages (pérail, tome, recuite) ainsi que dans les pâtisseries locales telles que la flaune", peut-on lire sur le site de l'office du tourismede la ville.
Que faire ? Il fait tout d'abord s'arrêter pour regarder ses longues lignes horizontales suspendues entre ciel et terre. Il s'agit du viaduc de Millau. Les amateurs de photo s'y arrêteront forcément pour prendre quelques beaux clichés. Une fois arrivé dans la commune, un petit tour au musées'impose. Les amateurs d'histoire y trouveront une importante collection de paléontologie, de préhistoire et d'archéologie gallo-romaine. De quoi vous donner quelques idées d'excursions dans les lieux préhistoriques qui entourent la commune. Enfin pour une virée en famille, direction la cité des insectes alias Micropolis. Situé à quinze minutes du viaduc, ce bâtiment de 2 400m2 vous plonge dans l'univers fascinant de l'infiniment petit.
Que faire ? Il fait tout d'abord s'arrêter pour regarder ses longues lignes horizontales suspendues entre ciel et terre. Il s'agit du viaduc de Millau. Les amateurs de photo s'y arrêteront forcément pour prendre quelques beaux clichés. Une fois arrivé dans la commune, un petit tour au musées'impose. Les amateurs d'histoire y trouveront une importante collection de paléontologie, de préhistoire et d'archéologie gallo-romaine. De quoi vous donner quelques idées d'excursions dans les lieux préhistoriques qui entourent la commune. Enfin pour une virée en famille, direction la cité des insectes alias Micropolis. Situé à quinze minutes du viaduc, ce bâtiment de 2 400m2 vous plonge dans l'univers fascinant de l'infiniment petit.
Avec son petit port, sa cote sauvage, ses plages très différentes les unes des autres et ses petites maisons aux volets bleus, à l'Ile d'Yeu on est certain d'être dépaysé.
A seulement 45 minutes du continent en bateau, on se sent pourtant si loin. Seul... mais pas trop tout de même. Car si l'on peut se croire seul au monde sur la Cote Sauvage en quelques coups de pédales (beaucoup de loueurs de vélos sur le Port), on peut aussi retrouver ses vieux réflexes de citadins en se baladant sur le Port.
Pour les rencontres estivales, on s'attable à l'une des terrasses de Port-Joinville.
L'Ile d'Yeu qui compte en moyenne 5000 habitants, se remplie de milliers de touristes en période estivale, au grand désespoir de certains islais qui passeraient bien l'été au calme. C'est sur le Port qu'on les croise, et qu'il faut aussi être pour ne rien rater de l'activité nocturne. Au détour des ruelles on fait la connaissance de l'adorable Karin Jeanne avec ses colliers rigolos et peintures enfantines qui ont la cote (cet été, Karin Jeanne tient son atelier juste à côté de l'Office du Tourisme), on peut aussi jeter un coup d'œil du côté de chez Marie de lîle et ses toiles en vogue, et on passe voir ce qu'il y a de neuf à la Fabrique qui rassemble plusieurs créatrices. Chaque année, de nouveaux ateliers ouvrent. Pour ne rien rater, on se renseigne sur place.
Île d'Ouessant
Pour se faire une cure de Bretagne le temps d'un week-end, c'est sur l'île d'Ouessant qu'il faut amarrer. Ahh, en voici une île bretonne, typique et sauvage, pour les amoureux de la Bretagne. Avec ses tempêtes redoutables l'hiver, l'île d'Ouessant révèle une autre personnalité en été. Ses cotes découpées et ses paysages de caractère se dévoilent différemment à chaque saison. On accède à l'Île d'Ouessant en bateau avec la compagnie Penn Ar Bed au départ de Brest et Le Conquet ou en avion avec la compagnie Finist Air.
On accède à l'Île d'Ouessant en bateau avec la compagnie Penn Ar Bed au départ de Brest et Le Conquet ou en avion avec la compagnie Finist Air.
En savoir plus :
Office de tourisme Ile d'Ouessant
Bourg de Lampaul
29242 Ouessant
Belle Ile en Mer
Pour un week-end prolongé ou pour une semaine, on enfile ses chaussures de marche et on profite d'un sentier, sur la côte de l'île, aménagé pour la randonnée pédestre sur 80 kms. Un passage qui permet de faire le tour de l'île à pied en 4 à 5 jours. Mais on pourra aussi louer un vélo, pour des balades en plein air tout aussi agréables !
Belle-Ile est située à 500 kms de Paris. En train, on fait une halte à Vannes ou Auray (à 3h30 de Paris), puis on prend une correspondance jusqu'à Quiberon. On effectue ensuite la traversée en bateau pour rejoindre Belle-Ile, depuis Quiberon, Vannes, Port Navalo, La Trinité sur Mer ou La Turballe.
Office de tourisme Belle Ile en Mer
Quai Bonnelle
56360 Le Palais
Tél: 02.97.31.81.93
Mail: info@belle-ile.com
HISTORIQUE:
Le Carembault, Carembaultus ager, pays à blé, de Koun, blé, et de bault, pays, est nommé Caribaut dans le titre de fondation de l'abbaye de Saint-Vaast d'Arras, en 673. Dans une transaction entre l'abbaye de Saint-Vaast et le châtelain de Lille, de mai 1220, il est nommé Quaranbaut. Ce quartier, le plus petit des cinq, était borné au nord par le Weppes et le Mélantois, au levant par le Pévèle, au midi par la Deûle et l'Artois. Il renfermait, dans la circonscription actuelle de l'arrondissement de Lille, onze villages, avec Phalempin pour chef-lieu; il avait environ 15 kilomètres de long sur 7 kilomètres 1/2 de large. Des hommes érudits ont pensé que le nom de Carembault lui venait de sa position géographique.
COMMUNE DE BAUVIN
HISTORIQUE:
Bauvin est du canton de Seclin , dont il est éloigné de treize kilomètres, et à vingt-quatre kilomètres de Lille, sur la route de Seclin à La Bassée, à la jonction du canal de La Bassée à la Haute-Deûle, dépend du bureau de poste de Carvin. Il existe dans ce village une fosse aux charbons, une fabrique de sucre, une école de garçons dirigée par un instituteur laïque, une école communale de filles dirigée par une institutrice laïque, et une église catholique desservie par un curé. La population totale est de 4907 habitants, dont 4900 français et 7 étrangers; 4899 catholiques, 8 dissidents.
Hameau : Saint-Martin.
HISTOIRE:
Aux confins de la Flandre et de l'Artois, le long de plusieurs ruisseaux qui traversent ces quartiers, il s'èst formé anciennement plusieurs grands marais, qui se partagèrent en deux à Bauvin. Celui de l'arrondissement de Lille forme une sorte de golfe d'une grande profondeur, et de trois lieues d'étendue.
La pêche étant dans les temps anciens la ressource à peu près unique des premiers indigènes, ils ne tardèrent pas à élever des chaumières composées de terre glaise, de branchages et de roseaux, produits naturels de ces contrées aquatiques.
C'est une de ces habitations que M. Rigaux a trouvée dans les marais d'Houplin et qu'on nomme palafites. Ces huttes dispersées se rapprochèrent aussitôt que les incommodités et les dangers de l'isolement se firent sentir.
Tel fut le premier pas vers la vie sociale (1). Et telle fut la naissance de Balvin dont on a fait plus tard Bauvin. Les cartulaires de Saint-Vaast lui donnent invariablement la première dénomination.
A partir de 1142, il est question de ce village dans les titres énumérant les domaines de ladite abbaye. Une charte de Philippe, Comte de Flandre et de Vermandois, avoué de Saint-Vaast d'Arras, actum in vepâ in cappellâ, de l'an de l'incarnation 1177, établit que les moulins de Bauvin et d'Annœullin appartiennent à l'abbaye de Saint-Vaast.
Ainsi pour la juridiction ordinaire, Bauvin ressortissait de Saint-Vaast d'Arras; sous le rapport des finances il était soumis à la chàtellenie de Lille, dont les aides avaient le droit d'y fixer l'assiette des impôts. De cette double juridiction naquit un conflit qui, commencé en 1449, ne se termina que 220 ans après (1669).
Déjà en 1220,le châtelain de Roger, dans une charte du mois de mai, assigne à Bauvin une loi particulière. Ce dignitaire, pour satisfaire à ses aspirations pieuses remit à l'abbaye de Saint-Vaast et aux habitants dudit village, toutes les exactions et corvées de chariots, charrettes, chevaux et hommes de pied que lui et ses prédécesseurs pourraient avoir perçus, et qui, d'après son aveu, furent exigées injustement.
Grâce aux marais qui forment comme une barrière naturelle contre la marche des armées, Bauvin n'eut pas à souffrir des désastres provenant de la guerre avant 1303.
Alors les Flamands venaient de remporter à Courtrai, sur Robert d'Artois et la noblesse française, le sanglant succès que l'histoire a baptisé du nom de : Journée des Éperons. Enivrés de cet avantage inappréciable, ils se portèrent sur les limites de l'Artois, et y commirent de nombreux excès. Hames et llénin-Liétard furent mis à sac, tandis que Bauvin payait son voisinage par la désastreuse visite des fourrageurs.
Les troupes de Louis XI passèrent par. Bauvin, ou du moins les maraudeurs s'y répandirent, quand ce roi alla préndre Arras en 1479, pour se consoler de l'échec que lui avaient infligé les Lillois, devant leur ville.
Au commencement du seizième siècle (1500), la peste se montra à son tour. Les marais de Bauvin contribuèrent pour beaucoup à la propager dans la localité. Après les hommes, les bêtes furent frappées par une épizootie, maladie ruineuse pour les cultivateurs, puisqu'elle les priva de leurs plus utiles et de leurs plus productifs auxiliaires.
Les troubles religieux qui, sous le règne de Charles-Quint menacèrent à. la fois l'autel et le trône, ne furent pas sans retentissement à Bauvin.
Vers le même temps, un personnage très-influent était seigneur du village. L'on-sait que la Toison d'or, ordre de chevalerie institué par Phllippe le Bon, notre Comte, ne s'accordait qu'à des services signalés et à des hommes d'une grande et illustre race.
Aussi nous citons comme un fait intéressant pour la loçalité, la note suivante extraite d'un manuscrit :
" Messire Adrien de Croy, Comte du Saint Empire, seigneur de Bauvin, chevalier de l'ordre de la Toison d'or, grand maître d'hôtel de l'empereur Charles-Quint et maréchal de ses armées, fut nonmé gouvernur de Lille par lettres données en la cité impériale de Ratisbonne l'an 1532. Le roi de France, à cette époque, était François 1er et ledit empereur Charles-Quint était Comte de Flandre, troisième de ce nom. Ce vaillant général mourut l'an 1553, pendant le siège de Thérouanne que les Français défendaient, comme si le ciel eût voulu que sa mort fût le présage de l'entière destruction de dette ancienne et famèuse ville, qui arriva la même année 1553, comme le témoigne la chronique suivante en parlant des Morins dont Thérouanne était la capitale. Deleti Morini. Les Morins sont exterminés."
Pendant environ quarante années, la vieille commune jouit d'un repos inaltérable sous le sceptre paternel des archiducs.
Si nous nous arrêtons au siège de Lille et à la conquête de la Flandre par Louis XIV, c'est que ce puissant monarque s'occupa de Bauvin, lors de la paix des Pyrénées. Le village, par ce traité célèbre, avait été dévolu à l'Artois, sans doute à cause de sa proximité des limites anciennes. Mais les habitants protestèrent contre le changement. Le roi, qui d'ailleurs n'y voyait pas d'inconvénients, le rendit à la châtellenie de Lille, le 18 avril 1669.
LA DEULE:
C'est à Bauvin que la Deûle fait son entrée dans la châtellenie de Lille. Sans avoir la prétention de fixer le lieu de sa source, question qui est aussi obscure que le fut jadis celle des sources du Nil, nous devons une mention à ce coùrant d'eau nourricier.
La Deûle tire son nom du celtique Dol, d'où l'allemand Dall, et le mot de basse latinité Dola; Tout cela désigne le terrain propre au pâturage au milieu duquel coule cette rivière. Sa source n'a jamais été connue. On n'est même pas d'accord sur l'endroit où elle comménce à prendre son nom. Il paraît qu'elle était anciennement formée des eaux d'une grande quantité de marais qu'elle traverse et qui ont leur pente vers Lille. Dans la suite, les dessèchements firent reconnaître qu'elle tirait ses premières eaux du ruisseau de Souchez, ainsi nomrné d'un village à deux lieues de Lens, où se rèunissaient deux courants d'eau.
Un châtelain de Lille l'avait déjà rendue navigable en partie, quand Louis XIV en fit élargir le lit et la joignit par un canal à la Scarpe,au midi et sous le canon du fort de ce même nom. Ce canal joint la Deûle à la hauteur de Courrières, et tire ses eaux de la Scarpe, de l'Escrebieux à gauche, et de quelques ruisseaux à droite.
La Deûle reçoit, à gauche, les eaux du canal de La Bassée et porte le nom de Haute-Deûle jusqu'à Lille et fait une chûte de huit à dix pieds; elle prend alors le nom de Basse-Deûle.
Nous savons tous pourquoi Louis XIV s'intéressa à ce courant d'eau. Il avait conquis la Flandre; il devait la perdre pour quelque temps.
Les armées alliées, victorieuses de Boufflers, à Lile, en 1709, menaçaient la puissance du vieux monarque qui Ai avait fait pendant un demi-siècle la loi à l'Europe. Un malheur plus, inévitable, et plus prochain encore éprouva les cultivateurs de la localité. L'on eût dit que toutes les glaces du pôle nord s'étaient donné rendez-vous dans notre contrée, pendant 1'hiver de 1709. il gela pire qu'à pierre fendre. Quelle fut la désolation des habitants quand les marais dont ils tiraient l'alimentation de leurs foyers. ne présentèrent plus q'une face aussi rigide que le marbre. Tout manqua à la fois; la terre perdit sa fécondité, les arbres leurs forces productrices, la belle saison ses espérances. L'on mourut de faim, après avoir failli succomber au froid.
En l'année 1741, sous le règne de Louis XV, une décision intervint qui intéressa au plus haut point les Bauvinois. Les marais étaient indivis avec ceux d'Annœullin, Provin et Allennes. Ils furent alors répartis entre les communes. Chaque habitant eut l'autorisation d'y faire des tourbes.
Plus tard, sous Louis XVI, cette question fut encore plus spécialement réglementée. Des lettres-patentes du 27 mars 1777 en fixèrent la jouissance et la distribution par chaque village.
Enfin, en 1791, chaque habitant, moyennant certaines conditions d'admissibilité, devint occupeur.
Nous entrons dans cette ère nouvelle et formidable qui restera immortelle sous le nom de Révolution Française. Plus d'abbayes, plus de châtelains avoués, plus de loi particulière. Tout cela disparut dans le tourbillon des réformes violentes ou rationnelles, comme un chêne, antique honneur de la forêt, est déraciné par l'ouragan, ou comme un vieux rocher, par un jour d'invincible tempête, s'effondre dans l'abîme des mers.
NOTABILITÉS
- Un manuscrit de l'abbaye de Loos relate que la grosse cloche de l'église de Erquinghem-le-Sec portait l'inscription suivante :
Denise suis nommée et baptisée
Par Dom Denis, surnommé de Bauvin,
Abbé de Loos, icelle même annés,
Que Bourbon prit Pape et Rome en butin.
Cette inscription nous révèle un homme marquant. D'abord lorsqu'on songe à l'influence marquée que les abbés de Loos exercèrent sur les plus grandes affaires de leur temps, l'on ne peut douter que Denis, de Bauvin, ne fut un personnage remarquable. En second lieu, l'inscription de la cloche prouve qu'il se distingua par sa libéralité envers l'Église. Quant à la date, chacun sait que le connétable de Bourbon, oublieux de ses devoirs de prince du sang, de français et de chrétien, abandonna François 1er, pour servir Chanles-Quint. Il s'empara de Rome et de la personne du Saint-Pêre, l'an 1515.

